Le nouveau programme international de recherche du Gerpisa : "structuration des industries automobiles dans les nouveaux pays de l’automobile et restructuration des industries dans les anciens"

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Le réseau international Gerpisa organisait cette semaine à Cracovie ses 20èmes Rencontres Internationales qui correspondaient au lancement d’un nouveau Programme International de Recherche pour la période 2012-2015. En optant pour cette thématique, le Gerpisa fait l’hypothèse qu’existe au sein de l’industrie et des firmes une relation dialectique entre ce qui se passe dans les nouveaux espaces et ce qui se produit dans les anciens : on ne peut comprendre la manière dont l’automobile se développe en Chine sans saisir ce que viennent y chercher les multinationales japonaises, coréennes, européennes ou américaines qui y investissent d’une part et quelles ambitions mondiales les autorités chinoises ont pour leur industrie automobile d’autre part ; on ne peut plus non plus comprendre comment PSA, Renault, Plastic Omnium ou Valeo gèrent leur production , leur conception et leurs politiques produits en France ou en Europe sans saisir comment leurs dispositifs industriels, leur ingénierie et leurs ventes sont "planifiées" pour se répartir dans les différentes régions du monde et au sein de celles ci.

Parce que le Gerpisa est un réseau mondial de chercheurs en Sciences Sociales travaillant sur l’industrie automobile, il peut croiser les points de vue et multiplier les recherches de terrain sur les différentes dimensions de cette dialectique fondamentale pour essayer de saisir ce qui se passe déjà et d’anticiper sur les scénarios qui se dessinent quant au nouvel ordre international de l’automobile en construction. Pour cela, les recherches qui ont commencé à être présentées par la centaine de chercheurs de toutes nationalités venus confronter leurs travaux à Cracovie (http://gerpisa.org/node/1556) ont permis de dégager un certain nombre d’axes majeurs qui structureront les travaux à venir.

Le premier domaine de recherche concernera l’étude des grandes entreprises automobiles, constructrices ou équipementières, issues des anciens pays de l’automobile et des nouveaux. On s’y interrogera entre autres sur la question de savoir comment la dialectique fondamentale est déclinée par les grands acteurs et peut porter tantôt des dynamiques plutôt positives qui permettent de penser que ce qui est bon pour l’entreprise est aussi bon pour son pays d’origine, voire pour les territoires où ils s’implantent tantôt des dynamiques plus problématiques où la mise en concurrence des espaces et une forme d’abandon – ou, à tout le moins d’éloignement - de sa base domestique semble prévaloir. Volkswagen pourrait incarner le premier modèle et Fiat le second. Saisir jusqu’à quel point ces entreprises là sont conformes à ces modèles et comment peuvent se situer l’ensemble des autres de ce point de vue, tel sera le sens des travaux conduits.

Le second domaine, très lié à la question du développement durable, des nouvelles motorisations et des contraintes que les différentes autorités de régulation font – et feront – peser sur les marchés, portera sur les politiques produits et plus largement le type d’offre qui domineront les différents pays ou les différentes régions du monde. La question fondamentale ici est de savoir si et jusqu’à quel point les acteurs seront contraints à réviser leurs pratiques et à renouveler leurs compétences d’une part et à les différencier pour s’adapter à des demandes locales spécifiques d’autre part. Là encore, pour caricaturer, on peut encadrer le domaine de questionnement en indiquant un premier scénario où on a affaire à des politiques produits globales essentiellement conçues aux sièges des grandes entreprises et destinées à structurer des offres qui sont différenciées à la marge lorsque l’on les fait voyager et un autre où les spécificités des offres et des demandes locales en termes de prix, de technologies, d’émission ou de formes de propriétés sont telles qu’elles imposent ou favorisent des conceptions beaucoup plus éclatées chez les acteurs et des structurations locales des marchés beaucoup trop spécifiques pour que la quête des économies d’échelles conserve dans les stratégies des multinationales la place qu’elle a encore.

Le troisième domaine concerne le travail dans les usines des constructeurs mais aussi dans l’ensemble des activités amont et aval. Focalisées sur l’emploi, son volume et ses caractéristiques, ces recherches sur les relations professionnelles renvoient à la question des formes de développement ou des modes de croissance dans lesquels s’inscrivent les industries automobiles en structuration et en restructuration. Entre des dynamiques focalisées essentiellement sur la quête de la baisse des coûts, la mise en concurrence des espaces et la mobilité des facteurs dans la structuration de chaines de valeurs globales optimisées et des dynamiques plus contraintes par des régulations et des rapports de force locaux porteurs d’un ancrage et porteuses d’une structuration nationale ou régionale des fabrications et des chaines de valeur, on observe une hésitation.

Pour y voir clair dans ces dynamiques contradictoires et saisir, alors qu’il est en train de se dessiner, à quoi peut ressembler le paysage et de quelles opportunités et contraintes il est porteur, les chercheurs ont plus que jamais besoin d’accepter de ne détenir chacun qu’un petite part de la vérité. C’est la raison pour laquelle le choix fait il y a vingt ans par le Gerpisa de structurer un réseau de recherche plutôt qu’une organisation plus intégrée se justifie pleinement. Mais ce qui est vrai des chercheurs entre eux est vrai aussi des acteurs et des chercheurs : qu’ils soient managers ou responsables syndicaux ou politiques, les acteurs du développement de l’industrie sont confrontés à la dialectique que les chercheurs du Gerpisa mettent au cœur de leurs préoccupations pour les quatre ans à venir ; comme eux, ils constatent et interprètent des petits morceaux de la réalité qui gagnent à être situés dans des contextes plus larges qui leur échappent largement. Plutôt que de se plaindre de ce que la recherche ne soit jamais en phase avec leurs préoccupations, les acteurs ont l’opportunité d’investir largement dans un programme comme celui que le Gerpisa initie et tout sera entrepris dans le prochains mois pour structurer cette offre de collaboration.

Lancé il y a trente ans et devenu au fil des ans un grand réseau mondial, le Gerpisa reste basé en France. Dès lors, il offre aux acteurs français une opportunité privilégiée d’accès à ses richesses. Reste à la saisir et à se signaler pour cela auprès de ses responsables.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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