Faut-il se satisfaire des résultats 2014 du contrôle technique ?

Les sacrés numéros du contrôle technique

Alors que l’UE souhaiterait que les règles du contrôle technique qui prévalent en France évoluent et que soit annualisées les visites périodiques pour le parc ancien, on apprenait en mars que, en 2014 -comme en 2013-, on avait vu baisser la part des véhicules soumis à contre visite. Ainsi, pour les Véhicules Particuliers, ce taux s’est établi en 2014 à 18,43%. Il était de 19,05 % en 2013 et de 20,4 % en 2012. En 2008, il avait atteint son point culminant de la décennie écoulée à 21,9%.

A priori, ces résultats sont remarquables car ils interviennent dans un contexte de vieillissement relativement rapide du parc contrôlé : l’âge moyen de celui-ci était de 10,16 ans en 2005 ; il a été en 2014 de 11,24 ans. Les contrôles portant sur les véhicules de plus de 10 ans ont représenté en 2014 la moitié des contrôles. Ils n’en représentaient que 42,5% en 2004. Tout semble donc aller pour le mieux : les efforts de fiabilité faits depuis des années par les constructeurs profitent à tous et permettent aux ménages de faire tenir leurs parcs plus longtemps sans que se dégradent, au contraire, leurs qualités.

C’est effectivement une partie de la réalité. Elle est peu favorable à l’activité industrielle et à celle des ateliers d’après-vente mais elle est mesurable : un véhicule de 15 ans aujourd’hui est un véhicule de 2000. Etant donnés les kilométrages parcourus annuellement en moyenne par les français, il affichera entre 150 000 et 200 000 kms. Ce sera un véhicule "moderne", volontiers climatisé, qui sera doté d’ABS et d’airbags, d’une injection directe en diesel … Il y a effectivement d’assez bonnes raisons objectives de ne pas se jeter sur les VN proposés par les marques : les véhicules anciens peuvent remplir le même office. En février 2015, il s’est ainsi vendu 1204 DS3 neuves et 1179 AX. Chacun peut se motoriser correctement quel que soit son budget. Tout paraît aller pour le mieux dans le meilleur des mondes automobiles possible.

On peut aussi porter sur la même réalité un autre regard et considérer que le taux de 18,43 % de véhicules non conformes reste très élevé. Il correspond à une moyenne et le parc de plus de 10 ans atteint, lui, un taux de non conformité de plus de 26% - en légère baisse il est vrai lui aussi. L’OTC ne distingue pas en son sein les moins de 15 et les plus de 15 mais, étant donnée l’importance de ce parc désormais, c’est une indication qui serait pertinente. On peut alors se demander si la stratégie qui consiste à refuser d’être plus vigilant en considérant que, bon an mal an, lentement mais sûrement, le progrès technique se diffuse dans le parc et finit par atteindre les acheteurs d’AX ou de 205 est la bonne. En effet, le même progrès technique serait diffusé plus vite et plus également dans le parc si on choisissait de rendre plus fréquent et rigoureux le contrôle technique. En matière de sécurité routière et/ou d’émission, on peut considérer que, depuis que, en 1998, Peugeot a arrêté de produire sa 205 lancée en 1982, l’industrie a fait faire à ses véhicules quelques progrès.

A condition d’être à même de proposer aux ménages les plus contraints des alternatives praticables en après-vente et en équipement, on peut considérer que la bouteille n’est pas à moitié pleine mais à moitié vide et souhaiter qu’elle se remplisse plus vite. On ne peut certes pas exiger des véhicules qu’ils satisfassent à des obligations qui ne pesaient pas sur leurs constructeurs au moment où ils ont fait homologuer les modèles qui roulent encore 10, 15 ou 20 ans après et avaient été homologués 10 ou 15 ans plus tôt. On peut à tout le moins s’assurer que l’intégrité des caractéristiques dont ils étaient initialement dotés soit respectée et modifier ce faisant les paramètres du calcul économique des détenteurs et acheteurs des véhicules anciens. Il est probable que, avec un contrôle technique annuel un peu rigoureux, la capacité de séduction des véhicules de plus de 15 ans sur le marché de l’occasion serait sinon annihilée du moins réduite à la petite part de ce parc qui a peu roulé et a été particulièrement bien entretenu.

Loin d’être – comme on le prétend d’habitude – une mesure qui mettrait en difficultés les plus fragiles, une telle mesure réduirait leur vulnérabilité. Les véhicules de plus de 10 ans – dont un gros quart est détecté non conforme - constituent aussi 40% des véhicules acquis d’occasion. Les risques pris par les ménages acquéreurs peuvent paraître correspondre à des sommes tellement faibles qu’ils ne méritent pas qu’on s’y attarde. Ramenés aux budgets des ménages concernés, il n’en est rien et les 1000 à 4000 euros correspondants qui sont souvent perdus dans les 2 ou 6 mois qui suivent la transaction lorsque le véhicule révèle ses carences sont l’équivalent de plusieurs mois de revenus. Etre vigilant sur l’état du parc en le contrôlant plus fréquemment et plus rigoureusement revient alors à assurer aux plus fragiles une protection que ne leur assure pas le marché de l’occasion tel qu’il est organisé.

Ce qu’indique les résultats du CT est que la combinaison de la fiabilité accrue des véhicules et des conditions économiques dans lesquelles sont placés beaucoup de ménages conduit à un trend "naturel" de vieillissement du parc qui n’a aucune raison de se démentir dans les années à venir. En continuant d’être plutôt tolérant, on peut feindre de faciliter la vie des ménages dans ce monde, accepter la coexistence sur les routes et dans les villes polluées de minorités de véhicules récents et de légions de véhicules très anciens et renoncer ainsi à diffuser dans des délais raisonnables les progrès que l’on impose à l’industrie. En l’étant moins, on fait valoir une exigence de diffusion du progrès technique et de meilleure distribution de ses fruits. On réduit aussi les inégalités très fortes qui existent entre les ménages quant aux risques qu’ils prennent lorsqu’ils s’équipent. Le jour où l’on annoncera des taux de contre-visites de 15% sur le parc de plus de 10 ans, on se sera rapproché d’un tel objectif.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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