Le Véhicule Electrique à moins de 7000 euros de Ségolène Royal : quand l’agitation médiatique prend le pas sur l’action publique

La précédente tentative

Ségolène Royal s’est vue dépossédée du rôle clé de responsable de l’accord qui se négocie ces jours ci à Paris au profit de Laurent Fabius. Il lui faut dès lors tout faire pour tenter de transformer son strapontin en trône médiatique. C’est dans ce contexte qu’est intervenue jeudi matin une bien curieuse annonce d’un appel mondial à projet de la France pour un véhicule électrique à 7000 euros. Dans l’espèce de grande lessiveuse à idées que représente la multitude de d’initiatives associées à la COP 21, il existe un "forum des solutions" où Ségolène Royal est venue officialiser une annonce qu’elle avait déjà laisser « bruiter » il y a deux mois : le PIA lui a octroyé une "ligne" pour tenter de relancer au plan national ce qu’elle avait – avec le succès que l’on sait – tenté d’implémenter sur feu Poitou-Charente il y a presque 10 ans.
Après une conférence de presse à 10h15, Ségolène Royal a donné une interview à 20 minutes. Dans le brouhaha médiatique, l’annonce est passée malgré cela un peu inaperçue et, dans l’agenda de la Ministre que nous donne le site "segorama", il y avait effectivement 7 rendez-vous entre sa "Déclaration sur les véhicules électriques (avec appel à projets pour les véhicules électriques financièrement accessibles à tous)" et son invitation par Laurence Ferrari sur i-télé à 19h30. En cherchant à en savoir plus, on ne peut deux jours après que se fier à quelques papiers laconiques qui tous, se demandent ce que pourra bien être ledit appel à projets, son budget et ses objectifs. 

Le site "Clubic" écrit ainsi :

"On n'en sait guère plus à ce stade, ce qui laisse plusieurs questions majeures sans réponses. Pour commencer, quelle valeur contraignante cet appel à projet a-t-il ? Comporte-t-il des garanties de résultat ? Et quid du bonus écologique ? Les possesseurs de voitures diesel mises en circulation avant 2001, éligibles à un bonus de 10 000 euros, pourront-ils obtenir ces voitures bon marché gratuitement ? Probablement pas, mais on n'a encore aucun détail."

Du côté des intentions ou de la philosophie de l’appel, Ségolène Royal s’était montrée un tout petit peu plus précise sur i-télé le 9 octobre. Elle y avait alors déclaré : "Il faut vraiment que le prix du véhicule électrique baisse. Je vais lancer un appel à projets avec les plans d'investissements d'avenir pour que les industriels français, voire européens, mettent au point une voiture électrique populaire, grand public, dont le prix pourrait s'échelonner entre 5 000 et 8 000 euros". Reprenant à la fois son crédo picto-charentais et l’assez classique défiance des milieux écologistes vis à vis des constructeurs, elle avait alors ajouté : "Il faut saisir ce problème comme une chance qui va pousser les industriels à construire le véhicule du futur. Ce que j'espère dans 5 ans c'est qu'une voiture sur deux soit électrique. Nos industriels traînent trop fortement sur le véhicule électrique".

Ces intentions, au demeurant louables, devraient, pour se concrétiser, renvoyer à un plan de grande ampleur dès lors qu’elles engageraient l’automobile loin des sentiers qu’elle s’apprête à emprunter. Si ce devait être une priorité et que Ségolène Royal devait y jouer le rôle clé que ses annonces impliquent, trois questions au moins se poseraient :

- Quelles leçons Ségolène Royal a-t-elle tiré des échecs de Eco-Mobilités et/ou de Heuliez-Mia ? 
- Quel est le degré de concertation et d’expertise qui est intervenu en amont de cette annonce incongrue ? 
- Quel est le positionnement d’un un tel appel par rapport aux projets portés par le Ministère de l’industrie et la PFA et, en particulier, par rapport au projet du véhicule 2 l au 100 ? 
Faute de répondre à ces questions que chacun se posera, Ségolène Royal semble une nouvelle fois confondre action publique et agitation médiatique et fait ainsi plus de mal que de bien à la cause qu’elle prétend embrasser. 
En multipliant, les "il faut que" et les "ce que j’espère" sans être à même d’obtenir les arbitrages politiques qui donneraient corps aux orientations qu’elle défend, elle paraît chercher dans les médias l’attention que ses collègues du gouvernement ne prêtent plus à ses arguments. En cherchant à faire émerger des entreprises qui portent les solutions qu’elle promeut plutôt que de rechercher des compromis avec des acteurs crédibles et aptes à les porter, elle court le risque de discréditer pour longtemps les politiques industrielles et de l’innovation dont a pourtant besoin l’automobile en général et l’automobile française en particulier.

D’une certaine manière, le flop qu’a fait cette déclaration de jeudi peut rassurer : personne ne l’a prise au sérieux. 

D’un autre côté, tout indique que Ségolène Royal n’a pas avancé une telle idée sans avoir l’assurance que le PIA lui ouvrira une "ligne" pour lui donner corps. Nos trois questions se poseront alors à nouveau. En effet, soit il s’agira de quelques millions qu’elle aura arrachés pour faire vivoter quelques projets marginaux de voiturettes en portant à bout de bras quelques start-ups mort-nées et ce sera un moindre mal. Soit, il s’agira - comme elle semble le promettre - d’un projet structurant mobilisant des sommes qui permettent d’espérer que des acteurs de taille mondiale se mobilisent. 

Alors, il sera urgent de faire sortir l’affaire des arènes médiatique et de remettre le projet et les expertises mobilisées pour examiner les réponses dans le monde réel : faire un véhicule électrique à 7000 euros exigerait des investissements, des arbitrages règlementaires (renonçant par exemple à une bonne part des règles qui s’appliquent aujourd’hui pour homologuer un véhicule) et une mobilisation de toutes les forces vives de l’automobile européenne qui, d’évidence, n’est pas préparée : l’agitation médiatique a ses limites ; l’action publique a ses exigences ; le véhicule électrique à 7000 euros, tel que ce dossier se présente, est mort-né.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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