Renault : derrière le document de référence, l’approfondissement de l’Alliance

Le groupe Renault a récemment mi en ligne son "document de référence" pour l’année 2016 (1). Il permet de prolonger et de mieux mesurer ce qu’indiquait déjà le rapport d’activité que Carlos Ghosn et Clotilde Delbos ont commenté en février : Renault profite à plein de la reprise des marchés européens et a cessé malgré cela de voir la part de son activité non européenne baisser. Cette réussite commerciale se traduit désormais dans les résultats financiers et rend le résultat du groupe moins dépendant de sa participation dans Nissan.
 
C’est peut-être dans l’appréciation de cette importance de l’Alliance dans la dynamique de Renault que la lecture du document est la plus instructive. De très longs développements y sont en effet consacrés et permettent de cerner ce qui est réellement fait en commun et ce que l’idée "d’approfondissement de l’Alliance" représente. 
Entre les lignes, dans cette phase clé de la vie de Renault, de ses usines et de ses ingénieries, on peut lire une volonté de rassurer le conseil d’administration et les collaborateurs sur "l’équilibre de l’Alliance" dont beaucoup ont craint – et craignent encore parfois – qu’elle se transforme en une imposition des règles et des pratiques Nissan à Renault.
 
De ce point de vue, l’année 2016 est une année de rééquilibrage relatif puisque Renault progresse plus que Nissan, en nombre de véhicules vendus : la progression de Nissan est de 2,5% et celle de Renault de 13,3%. Sur le total, les deux groupes (sans Mitsubishi et Avtovaz) atteignent en 2016 un peu plus 8,7 millions de véhicules vendus dont 36,4% correspondent aux trois marques de Renault. 
En chiffre d’affaires, on est plutôt – en raison des valeurs unitaires supérieures de ventes de Nissan – dans un rapport de 1 à 2 puisque celui de Renault a été en 2016 de 51 milliards et celui de Nissan de 94 milliards. En termes de marges opérationnelles par contre, Renault tient son rang en assurant 35,7% des 9 milliards dégagés par l’Alliance. En R&D, Renault est même à 44% du total des 5,4 milliards investis par l’Alliance.
 
Même si, comme le rappelle le document, la structure Alliance mise en place il y a 15 ans "dispose de pouvoirs limités sur Renault SA et Nissan Motor Co., Ltd.", on s’aperçoit qu’elle a le pouvoir de proposer à peu près tout ce qui est stratégique et le fait de plus en plus évidemment. 
Le document rappelle à ce sujet :
"Le 1er avril 2014, Renault et Nissan ont amorcé une nouvelle étape dans l’évolution de l’Alliance en décidant de converger quatre fonctions clés : la Direction ingénierie, fabrication & logistique, les achats et les ressources humaines. La convergence de ces fonctions incite également à l’amélioration des synergies et des liens entre les directions des deux sociétés, ce qui contribuera à améliorer l’efficacité et à amplifier les complémentarités." Il ajoute : "Un nouveau Comité de direction de l’Alliance a été également créé en avril 2014 et se compose des Directeurs délégués à la compétitivité de chaque société et des directeurs des quatre fonctions communes de l’Alliance. Ce comité est dirigé par le Président-Directeur général de l’alliance Renault-Nissan. Le Comité de direction de l’Alliance se réunit tous les mois pour examiner les avancées des convergences de l’Alliance et veiller à la réalisation des objectifs clés."
 
Malgré les fameux "pouvoirs limités" précités, lorsque l’on prend connaissance des sujets traités par les groupes de travail conjoints (CCT pour Cross-Company Teams) et groupes de travail fonctionnels (FTT pour Fonctional Task Teams), il ressort que tout ce qui fait le travail opérationnel quotidien des différentes fonctions de l’entreprises, des différentes usines ou des différents départements d’ingénierie ou patron de programme ou de région est intégré à la coordination Alliance. 
De fait, comme on saisit en lisant déjà la partie consacrée à Renault, Nissan est omniprésent dans l’activité de Renault : ses usines travaillent à fabriquer des modèles clés pour Renault comme la Kwid en Inde ; les usines de Renault comme Flins pour la Micra ou Busan pour la Rogue destinée aux Etats-Unis ; les modèles les plus récents qui ont compté en 2016 sont issus des plateformes communes CMF C/D et CMF A ; le Zéro Emission est une revendication Alliance autant que celle de Renault. Les dossiers les plus nouveaux comme celui du véhicule connecté sont des dossiers Alliance le document précise ainsi que :
"En 2016, l’Alliance a embauché un spécialiste de la technologie, Ogi Redzic, afin de mener à bien l’initiative mondiale du Groupe en matière de voitures connectées en tant que directeur général adjoint de l’Alliance, véhicules connectés et services de mobilité. Grâce à cette nouvelle entité commune, l’Alliance entend proposer la dernière technologie en date sur les véhicules de grande consommation à des prix abordables. L’Alliance soutient la progression de ses services connectés et de mobilité en acquérant le talent nécessaire afin de mettre en place des capacités de développement de logiciel en interne et en collaborant avec les entreprises les mieux cotées du secteur de la technologie."
 
Bien que tout soit fait pour rassurer chacun en rappelant par exemple, à chaque opportunité, les cas où la solution Renault a été retenue, le document de référence 2016 incarne donc avec éclat la très forte accélération de la logique d’intégration . 
Bien évidemment, au moment où il s’agit d’absorber Mitsubishi et de terminer le redressement d’Avtovaz avant de le consolider dans les comptes de Renault, les Renault n’ont plus le choix : ils doivent, comme ils le font, adhérer au processus pour tout faire pour que les gènes qu’ils craignent de perdre en chemin aient quelques chances de survivre à un processus qui paraît aujourd’hui bien peu réversible et qui, en 2016 en tout cas, leur a profité.
 
 
(1) https://group.renault.com/wp-content/uploads/2017/04/renault-dr-2016-.pdf 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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