Renault : abaisser le point mort, arracher l’accord et faire valider le déclin

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L’annonce de la réduction des effectifs français du groupe Renault de 7500 personnes d’ici à 2016 est d’abord tactique. Elle intervient quelques jours après que les débrayages de protestation contre l’accord qui se dessinait n’aient commencé à perturber le fonctionnement de quelques sites et quelques jours après que l’accord national de "flexicurité" n’ait été signé entre le Medef, la CGC, la CFDT et la CFTC. Elle ne correspond pas à une nécessité légale puisque, n’impliquant ni plan social, ni licenciement sec, ni fermeture de site, Renault pouvait avancer dans cette voie sans être aussi explicite sur ses intentions. Elle ne concerne que la France alors que le point mort recherché concerne un niveau des ventes 2011 qui est celui des ventes monde et donc des effectifs qui sont aussi ceux du groupe tout entier (1).

Si par conséquent le management de Renault procède ainsi, c’est pour envoyer à l’ensemble des "stake-holders" des signaux clairs et leur demander ou leur imposer une validation en 2013 d’une stratégie qui va structurer ses décisions dans les années à venir.

Sont concernés :
i) les actionnaires à qui, quelques jours avant la publication des résultats commerciaux, on annonce que l’on s’organise pour être profitable malgré l’Europe et le déclin de ses ventes qu’y subit Renault ; lire la suite

Ambitions indiennes sur l’électrique et géopolitique de l’industrie automobile

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La publication cette semaine d’un rapport des consultants de KPMG indiquant que les dirigeants de l’automobile considèrent lorsqu’ils les interrogent que les automobiles seront de plus en plus conçues pour les émergents et reviendront dans les pays mûrs pour y chercher des débouchés complémentaires est bien peu conforme à ce que l’on observe pour l’instant : la Chine ressort comme un paradis pour les véhicules des constructeurs asiatiques et occidentaux les plus conservateurs dans leur conception comme dans la symbolique statutaire sur la base de laquelle ils construisent leur valeur, les constructeurs locaux sont à la peine y compris sur leur propre marché, la Tata Nano qui aurait pu incarner une manière alternative de penser le développement produit n’a pas trouvé son marché, les centres de conception localisés dans les émergents ont encore très souvent un rôle secondaire voire cosmétique … lire la suite

Le problématique développement de l’automobile en Bulgarie

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Dans le rapport Cars 21 de l’été 2012, certains "stakeholders" avaient obtenu que soit soulignée l’incohérence de la politique européenne qui a cherché à favoriser le développement de l’industrie automobile dans les PECO en soutenant, en particulier, les implantations coréennes et qui s’inquiète aujourd’hui des problèmes de surcapacités. La Banque Européenne d’Investissement fût particulièrement active sur le premier volet. La récente communication de la DG Entreprise sur l’automobile "Europe 2020" milite pour une gestion "douce" des "ajustements structurels" réputés nécessaires et propose pour cela d’activer le Fonds Européen de Modernisation.

Bien plus que les questions de politiques commerciales et la faculté des constructeurs coréens à importer sans droits de douanes des véhicules depuis leur base domestique, ce sont évidemment ces usines européennes qui posent aujourd’hui problème aux constructeurs européens en Europe et la question de la faculté des constructeurs asiatiques à poursuivre l’expansion de leurs bases productives en Europe mérite par conséquent d’être posée. Le "dossier bulgare" qui s’est ouvert en 2012 devrait très clairement la mettre en débat. lire la suite

Les écologistes face à l’automobile : le réformisme vaincu par l’autisme

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Sous l’égide de Denis Baupin, Vice-Président de l’Assemblée Nationale, Agir pour l’Environnement organisait vendredi un colloque dont le thème était : "Quel avenir pour l’automobile face aux contraintes écologiques et sanitaires ?". Invité à intervenir dans l’une des trois tables rondes de la journée qui se tenait l’après-midi, j’ai pris la peine d’assister à l’ensemble des débats. Ceux-ci avaient, selon la plaquette d’invitation, vocation à augmenter les capacités d’anticipation des différents "stakeholders" en partant d’un principe énoncé ainsi : "Face aux menaces pesant sur ce secteur stratégique, l’Etat, les parlementaires, les élus locaux mais aussi les industriels, les syndicats et les associations de protection de l’environnement sont condamnés à s’entendre au risque d’accroître une crise économique, sociale et écologique." lire la suite

Autollib : plus intéressant intellectuellement qu'utile socialement

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Après un an, Bolloré et ses équipes dédiées à Autolib proposent un premier bilan de son déploiement. Mesuré en termes de croissance des nombres d’abonnés, de véhicules ou de bornes, ceci paraît plutôt satisfaisant et, en tout cas loin du "flop" que promettaient certains sur le plan technique et/ou sur le plan commercial. Dans le monde des "militants" mondiaux du véhicule électrique qui se réunissait cette semaine à Paris dans le cadre du colloque du CESA , l’expérience française d’autopartage "one way" permettant le déploiement et l’expérimentation d’une importante flotte de véhicules électriques (VE) permet autant que Zoé de défendre l’image d’une France en pointe et fournit à Bolloré et à sa technologie batterie "voie sèche" le "démonstrateur" géant souhaité. lire la suite

Lancement de la production de la nouvelle Fiesta à Cologne : Ford à contre courant

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Chez Renault, en France, les négociations de l’accord - dont on ne sait pas si il s’appelle accord de compétitivité ou accord de flexibilité – sont en cours : comme le souligne la CGT, le management y met en œuvre une argumentation rôdée qui consiste à exhiber aux salariés français les salaires, temps de travail et niveaux de flexibilité obtenus des espagnols à qui on avait opposé les chiffres roumains qui, eux mêmes sont désormais sous pression marocaine. Dans la mesure où l’amélioration des résultats du commerce extérieur espagnol – en large partie dus à la baisse des importations obtenus par l’atonie de la consommation il est vrai mais désormais relayés par le dynamisme des exportations – sont là, une grande partie de la presse ou des experts relaient Coe-Rexecode qui voit dans l’Espagne un modèle et adopte au fond la "méthode Renault" . lire la suite

Les leçons du professeur Moscovici pour l’automobile

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Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, a prononcé jeudi un discours devant les étudiants de l’ESCP. Outre la rassurante impression que l’action gouvernementale n’est pas uniquement faite d’opportunisme politique et de contraintes imposées par l’Allemagne, on y trouve évoquée à plusieurs reprises une question clé pour saisir ce qui s’est passé ces dernières années dans l’automobile aussi bien que pour tenter d’en infléchir l’avenir : celle des prix de l’immobilier.

Nous laissons au lecteur le soin de lire les 18 pages de la leçon du professeur et nous contenterons d’être ici son "chargé de travaux dirigés" sur ce point spécifique. Au début de son discours, Moscovici dit ainsi :
"L’excès d’épargne mondiale a nourri l’inflation du prix des actifs notamment immobilier, tandis que l’intégration commerciale mondiale des émergents contenait l’inflation du prix des biens." lire la suite

Compétitivité à tout prix : après l’Allemagne, l’Espagne devient un modèle

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On connaît la boutade des eurosceptiques qui promettent que l’Euro mourra alors que la zone euro sera jugée en bonne santé par Merkel et les marchés. L’irruption dans les médias d’un "modèle espagnol" activé par les dirigeants de l’automobile française pour exiger que l’on ne jette pas le bébé Rapport Gallois avec l’eau du bain de la rigueur budgétaire nous renvoie assez évidemment au même type de paradoxe.

Ce qui est visé est assez clair pour Renault comme pour PSA. Dans la mise en concurrence des sites pour l’affectation des futurs modèles, nos deux constructeurs ont chacun, pour les véhicules de la catégorie C en particulier, systématisé le partage des productions entre sites français et espagnols depuis l’intégration de l’Espagne. Les C4 Picasso, Partner et Berlingo sont fabriqués à Vigo alors que Sochaux et Mulhouse traitent le reste de la gamme. Palencia produit les Mégane berlines et break alors que Douai se charge du Scenic et Maubeuge du Kangoo. On a le même type de concurrence pour les moteurs. Dès lors, et à la différence de ce que l’on observe chez VW où l’essentiel des fabrications de ces gammes relèvent – lorsqu’il s’agit de la marque VW – du site de Wolfsburg, se servir d’un site contre l’autre est devenu, depuis longtemps, un classique voire un réflexe managérial chez les français. lire la suite

PSA-GM : un retour sur terre entamé mais inachevé

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Faute d’annonces spectaculaires, la conférence de presse du mardi 23 qui précisait ce que Opel et PSA allaient réellement faire ensemble dans les années à venir n’a guère retenu les commentaires. Pourtant par ce qui est décidé d’une part et par ce qui reste en suspens d’autre part, elle a donné des indications majeures sur l’état du malade PSA, permis de préciser le diagnostic et montré quelles difficultés il faudra surmonter dans les mois et années à venir.

S’agissant d’abord des quatre projets annoncés, ils montrent d’abord que Opel comme PSA ont, en Europe, un problème de taille qui est précisément leurs tailles respectives face à l’acteur dominant en Europe qu’est le groupe VW. Avec moins de 1,2 million de voitures vendues en Europe, Opel est un généraliste européen qui peine à rivaliser et n’obtient pas du siège américain les moyens d’engager les investissements spécifiques que requièrent les évolutions du marché et de la règlementation. Avec 500 000 véhicules de plus mais deux marques rivales, PSA continue de tout faire pour rester dans la course mais ne parvient pas à rentabiliser ses très lourds investissements et n’a pas dès lors les moyens de ses ambitions internationales. lire la suite

PSA : Moody’s ou Montebourg ?

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Lorsque Moody’s a dégradé la note de PSA le 10 octobre, les milieux bancaires et financiers ont su immédiatement que, bien plus que la sortie du CAC, ceci allait mettre l’entreprise dans une posture difficile qui rappelle aux observateurs les épisodes sombres de la vie des constructeurs américains avant leur sauvetage par l’Etat américain. Dans un premier temps en effet, les filiales bancaires (les fameuses "captives") pallient les insuffisances de résultat des divisions automobiles. Ainsi, sur les 4 derniers exercices, la branche automobile de PSA n’a dégagé de résultats opérationnels positifs qu’en 2010 mais en 2008 et en 2011, le résultat opérationnel de la la banque PSA Finance (BPF) qui se sont régulièrement situés aux alentours de 500 millions d’euros compensaient largement et Faurecia et GEFCO faisaient le reste. GMAC avaient, avant l’effondrement de 2008-2009, tenu le même rôle pour GM. lire la suite

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