Varin n’est pas Marchionne et ouvre la voie d’un débat démocratique sur la désindustrialisation

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La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien directeur du Gerpisa.

P. Varin a publié vendredi dans les Echos en page "Idées" un texte intitulé "Un pacte pour sauver notre industrie". Le titre choisi par le quotidien en Une pour appeler le lecteur à lire ce point de vue était "Coût du travail en France : le cri d’alarme du patron de PSA" ne nous paraît pas refléter très fidèlement le contenu du texte. En effet, s’il s’adosse implicitement à l’étude Rexecode dont nous parlions la semaine passée et impute une part importante de la désindustrialisation de la France au fait que l’avantage qu’avait encore la France sur l’Allemagne en termes de coûts salariaux s’est émoussé dans la décennie passée, il ne s’en tient pas là. Il précise le diagnostic et, comme le rapport Rexecode, souligne le poids relatif des cotisations sociales (47% du salaire net en Allemagne contre 83% en France) qui génère, dans l’industrie, à coûts salariaux totaux égaux, des salaires nets 20% moins élevés en France qu’en Allemagne. Habilement, il refuse alors d’exiger la modération salariale de même qu’il s’interdit de remettre en cause le principe ou le bien fondé des cotisations sociales pour concentrer ses feux sur l’assiette desdites cotisations : les faire reposer, argue-t-il, sur le seul travail est dommageable à la compétitivité des entreprises exposées à la concurrence internationale et peu légitime lorsqu’il s’agit de financer les risques autres que le chômage et la retraite (famille, santé, dépendance et exclusion).

Tel est en substance le socle proposé par Varin pour partir en quête d’un "pacte" à même de permettre à la France de continuer sur sa trajectoire "à l’anglaise". A un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, il entend ainsi imposer dans le débat cette thématique de la désindustrialisation. Il le fait sans mettre le couteau sous la gorge de l’Etat et/ou de ses salariés et sous-traitants et donne ainsi une chance au dit débat de ne pas s’embourber d’emblée dans l’épreuve de force. De la même manière, évoquant la "remise à plat de notre système de prélèvement" qui permettrait la baisse des cotisations pesant sur le travail qu’il appelle de ses vœux, il note que "elle risque d’affecter, dans un premier temps, la consommation des ménages" et semble ainsi penser plutôt à une TVA sociale. La proposition n’est pas explicite et il demande d’abord et avant tout qu’on retienne avec lui l’idée selon laquelle "il n'est simplement plus tenable de faire peser l'essentiel du financement de la solidarité nationale sur les seuls salariés". Dès lors, les prélèvements sociaux sur les revenus des capitaux où toute forme de CSG épargnant le travail, paraissent également éligibles et, évidemment, tous les cocktails de réaffectation des financements d’une protection sociale dont Varin ne conteste pas la légitimité peuvent également l’être.

Dès lors que le poids relatif d’une augmentation de la TVA sur les revenus les plus faibles qui ont tendance à consommer tout leur revenu est reconnu comme plus important que celui qu’elle fait peser sur les ménages plus riches et plus prompts à épargner pour en tirer des revenus et dès lors que, en tout état de cause, les taux ne sont pas modulés en fonction des revenus, maintenir aux prélèvements un caractère redistributif incite vivement à cette forme de panachage. Il est souhaitable que ces débats qui peuvent paraître techniques ne soient pas cantonnés aux cercles des experts et que l’on prenne la peine d’en expliquer en démocratie l’ensemble des enjeux économiques et sociaux.

Il est souhaitable également que l’on revienne avec P. Varin et l’ensemble des responsables d’entreprises qui ne manqueront pas de le suivre sur les deux premiers termes de son raisonnement.

1/ La désindustrialisation et la voie à l’anglaise qu’elle dessine au développement économique de la France est une calamité dans laquelle nous sommes engagés et qui mérite une mobilisation nationale. L’idée fait aujourd’hui son chemin et on ne peut que s’en féliciter mais c’est oublier un peu vite les credo qui nous sont serinés depuis plus de vingt ans. Que n’a-t-on dit ou entrepris dans les entreprises ou les politiques publiques depuis des années au nom de l’avènement de la société post-industrielle, des entreprises sans usines, de la promotion de l’économie de la connaissance, du développement des services à la personne… ? Quelles étaient les erreurs sous-tendant ces discours et pourquoi les a-t-on commis ? Quelles traces laissent-elle dans nos institutions et dans notre pacte social et méritent-elles qu’on les traque et les chasse ?

2/ La désindustrialisation et le défaut de compétitivité du site France est une question de coût du travail et a besoin pour être enrayée que l’avantage qu’avait la France sur l’Allemagne soit retrouvé. On peut là encore entendre Varin et avoir foi en sa volonté de conserver l’ancrage de son groupe et de son dispositif industriel en France. Mais après tout, lorsqu’il y a délocalisation, ce n’est pas pour relocaliser en Allemagne et le processus a démarré avant que le processus de convergence des coûts salariaux dans l’industrie ait été entamé et, s’agissant de l’automobile, il semble bien que la parité ne soit pas atteinte. Il y a alors à débusquer les autres éléments et, s’il est demandé que l’on noue un autre pacte, à s’assurer que l’on n’entre pas –parce que le socle du pacte apparaîtrait très vite friable– dans une course aux rabais sociaux à l’italienne ou à l’anglaise dont on n’a pas démontré qu’ils contribuent à réindustrialiser une nation.

D’accord donc avec P. Varin pour faire de la question de la désindustrialisation et des conditions sous lesquelles on pourra l’enrayer un grand débat national et démocratique porteur d’un nouveau pacte. D’accord pour l’engager vite, sans a priori et en laissant les voies ouvertes. Mais il faut alors que l’ensemble des questions soient posées aux industriels comme aux politiques. Les chercheurs pourraient dans ce contexte se mobiliser à la lisière pour que les enjeux soient clarifiés et l’exigence de démocratie et d’efficacité respectée.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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