Le Commerce extérieur automobile de la France : les faits

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La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien directeur du Gerpisa.

Lors de ses vœux aux forces économiques, Nicolas Sarkozy s’est adossé à l’exemple automobile et, assurant qu’il ne serait pas l’homme d’un nouveau Vilvoorde, a souligné qu’il était anormal que les véhicules vendus en France par les français n’y soient pas fabriqués : "La France est devenue importatrice nette d'automobiles alors que nous avons PSA et Renault", a-t-il souligné. Nous nous saisissons de cette opportunité pour proposer une analyse de la question en deux volets dont le premier, ce lundi, se contentera de tenter de répondre à la question : que disent les chiffres ? Ces chiffres donnent raison au Président même si, en volume au moins, une certaine amélioration semble s’être dessinée en 2011.

En effet, si l’on raisonne en volume et sur les VP, on aboutit au tableau suivant sur les 21 derniers mois.

En 2010, on avait immatriculé en France, 2 252 milliers de VP, PSA et Renault en avaient fabriqué 1 666 milliers en France pour une production totale de VP (Smart et Yaris incluses) de 1 924 milliers de voitures. Le déficit apparent était donc de 328 000 VP (14,6% des immatriculations).

Pour les 9 premiers mois 2011, les immatriculations étaient de 1 661 milliers, la production des français de 1276 milliers, celle (estimée par moi) des autres (Toyota et Smart) de l’ordre de 190 000 ce qui correspondait à un déficit de 215 000 VP (12,9% des immatriculations) qui, sur l’année atteindrait environ 300 000.

Par constructeur français, PSA était exportateur net en 2010 de 462 000 VP et Renault (Dacia inclus) importateur de 127 200 véhicules. En 2011, sur les 9 premiers mois, PSA était exportateur de 396 000 VP et Renault importateur 64 000.

La France est donc bien en ce sens « importatrice nette d’automobiles alors que nous avons PSA et Renault » : les exportations des sites des constructeurs français (de l’ordre de 300 000 voitures par an) ne suffisent pas à compenser le fait que presqu’un million d’immatriculations (965 827 en 2011) sont assurées par des marques non françaises qui ne fabriquent en France que 250 000 VP.

De manière plus générale, en valeur, le commerce extérieur automobile de la France faisait apparaître en 2010 un taux de couverture des importations par les exportations de 92% qui recouvrait une situation très déficitaire pour les VUL (avec un taux de couverture de 58%) et les VP (68%), un quasi équilibre pour les VI (92%) et un excédent important pour les "pièces et moteurs" (133%). La situation s’améliorait plutôt en 2010 par rapport à 2009. On est a priori sur la même tendance en 2011. Elle correspond au fait que les véhicules qu’assemblent les français hors de France le sont avec des pièces et moteurs qui, pour une part significative, restent fabriqués avec des organes qu’eux mêmes et les équipementiers fabriquent en France. Ceci ne compense pas toutefois semble-t-il la situation que l’on enregistre sur les véhicules où la situation semble s’améliorer sur les volumes mais se détériorer sur les valeurs.

Les statistiques des douanes permettent de préciser ce constat. Elle distinguent en effet les importations et exportations de véhicules selon leurs motorisations et fournissent à la fois les valeurs et les volumes.

Elles font apparaître une situation déficitaire sur toutes les catégories sauf les "petites essences" (1000 cm3 et moins). Sur les "moyennes essence", on a à la fois un excédent en volume et un déficit en valeur car les importées ont des valeurs unitaires de 2 500 euros plus élevées que les exportées. Sur les diesels, le déficit est à la fois en volume et en valeur : il est de 217 000 voitures pour les petites diesel  (1500 cm3 et moins) et de 79 000 voitures pour les moyens diesel (de 1500 à 2500 cm3). Il a tendance à se creuser pour les petites en volume et en valeur. Il se réduit nettement pour les moyennes en volume (de plus de 100 000 voitures) mais beaucoup moins en valeur car la valeur des importées passe de 15 300 euros à 17 000 alors que les exportées ne voient leurs valeur gagner que 330 euros (de 13430 à 13760).

Au final selon ces statistiques des douanes, le déficit 2011 en volume se serait réduit de quelques 40 000 VP mais se serait détérioré en valeur en passant de 4,74 milliards d’euros à 5,06 en raison d’un différentiel de valeur unitaire qui serait passé de 770 euros à 1 200 euros. Le problème est donc indéniable et correspond à la fois à l’orientation du marché français et à la capacité des français de couvrir la demande qui s’y exprime et à leurs choix d’implantation des sites pourvoyeurs de la demande qui s’adresse à eux en France.

Bernard Jullien

 

 

Données en volume 2009

Données en valeur 2009
(en milliers euros)

VP neufs

Exportations

Importations

Solde

Exportations

Importations

Solde

Petites essence

173 519

174 668

- 1 149

1 371 214

940 063

431 151

Petites diesel

155 643

446 633

- 290 990

1 554 456

4 054 871

- 2 500 415

Moyennes essence

453 477

122 758

330 719

2 076 501

1 645 142

431 359

Moyennes diesel

344 819

608 073

- 263 254

4 754 623

9 266 152

- 4 511 529

Total

1 127 458

1 352 132

- 224 674

9 756 794

15 906 228

- 6 149 434

 
 

Données en volumes 2010

Données en valeurs 2010
(en milliers euros)

VP neufs

Exportations

Importations

Solde

Exportations

Importations

Solde

Petites essence

148 895

141 503

7 392

1 198 683

778 169

420 514

Petites diesel

195 652

404 535

- 208 883

2 020 406

3 689 972

- 1 669 566

Moyennes essence

239 976

169 735

70 241

2 477 965

2 289 417

188 548

Moyennes diesel

462 814

646 837

- 184 023

6 223 167

9 904 351

- 3 681 184

Total

1 047 337

1 362 610

- 315 273

11 920 221

16 661 909

- 4 741 688

 
 

Données en volume 2011
(décembre 2010 à novembre 2011

Données en valeur 2011 (en milliers euros)
(décembre 2010 à novembre 2011)

VP neufs

Exportations

Importations

Solde

Exportations

Importations

Solde

Petites essence

134 089

128 823

5 266

1 142 483

782 319

360 164

Petites diesel

176 519

393 273

- 216 754

1 862 932

3 799 862

- 1 936 930

Moyennes essence

203 282

194 176

9 106

2 480 089

2 836 064

- 355 975

Moyennes diesel

550 468

629 628

- 79 160

7 572 796

10 704 400

- 3 131 604

Total

1 064 358

1 345 900

- 281 542

13 058 300

18 122 645

- 5 064 345

 
 

Exportations
Valeures unitaires (en milliers d'euros)

Importations
Valeures unitaires (en milliers d'euros)

VP neufs

2009

2010

2011

2009

2010

2011

Petites essence

7,90

8,05

8,52

5,38

5,50

6,07

Petites diesel

9,99

10,33

10,55

9,08

9,12

9,66

Moyennes essence

4,58

10,33

12,20

13,40

13,49

14,61

Moyennes diesel

13,79

13,45

13,76

15,24

15,31

17,00

Total

8,65

11,38

12,27

11,76

12,23

13,47

Sources statistiques des Douanes

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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