L’hirondelle IG Metall dans le ciel de l’Europe

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La revendication de l’IG Metall de voir les salaires augmenter de 6,5% vient à point nommé dans une Europe dont la configuration politique est en train de changer. En Allemagne même, si l’IG Metall porte plutôt les revendications des salariés les moins défavorisés et les mieux organisés, elle s’étend aux salariés plus fragiles qui travaillent dans le domaine des services ou dans des branches d’activité où la valeur ajoutée est plus faible que dans l’automobile et le secteur des biens d’équipement. Pour eux est ainsi posée la question du salaire minimum - que la SPD a inscrite dans son programme et que certains Länders imposent déjà - : la CDU en accepte désormais l’augure.

Si tel est le cas, c’est d’abord parce que la modération salariale que la situation économique du pays paraissait imposer sous Schröder a, même avec la crise de 2008-2009, évolué plutôt favorablement et que pour l’heure les entreprises et leur profitabilité en ont bien plus profité que les salariés. Même si des coûts du logement très modérés par rapport à ceux qui pèsent sur la plupart des autres salariés européen et une très vive concurrence sur les marchés de biens de consommation courante – que l’Allemagne importe volontiers d’Europe ou d’ailleurs -, rendent la situation plus acceptable qu’ailleurs, il n’en demeure pas moins qu’un rééquilibrage semble à beaucoup opportun.

Il y a ensuite la situation européenne et, singulièrement, celles de grandes économies comme celle du Royaume-Uni, de l’Italie, de l’Espagne et, dans une moindre mesure, de la France. Celle-ci est, on le perçoit fort bien à travers les chiffres des immatriculations depuis le début de l’année, durablement déprimée et limite les débouchés des entreprises exportatrices allemandes qui peuvent certes limiter les effets de ces baisses de la demande en continuant de gagner des parts marchés mais qui finissent par en souffrir. Le diagnostic a été posé depuis longtemps et a, à raison, été utilisé pour défendre qu’il était de l’intérêt des allemands de ne pas laisser se creuser les déficits commerciaux de ses partenaires et s’accumuler les excédents chez eux, et chez eux seuls. Il est maintenant repris dans une situation politique et économique qui le rend audible.

Pour la France et, en particulier, l’industrie automobile française, cette évolution est une bonne nouvelle et, si l’on en croît l’insistance mise depuis les Etas Généraux de l’Industrie à insister sur les évolutions discordantes du coût du travail dans l’industrie, une part des demandes de correction adressées aux politiques pour permettre à l’industrie de cesser de décliner pourrait être satisfaite par l’Allemagne. Si, comme on le souligne souvent à raison, la TVA "sociale" est à bien des égards assimilable dans une union monétaire à une dévaluation alors on dira que l’Allemagne qui, en "dévaluant" il y a 8 ans, avait subrepticement approfondi les déséquilibres en Europe pourrait les résorber partiellement en laissant filer ses salaires et baisser, au profit de ses partenaires et de leur croissance, ses excédents.

Toutefois, pour beaucoup d’industries et – singulièrement – pour l’industrie automobile, cette hirondelle ne saurait faire le printemps. En effet, les quelques débouchés supplémentaires que trouveraient alors les usines françaises et/ou les choix favorables que pourraient alors faire par exemple les alliés PSA et GM dans les choix d’affectation de modèles ne suffiraient pas à leur permettre de retrouver des volumes suffisants pour les préserver contre la dynamique mortifère qui pèse sur elles depuis 2004. En effet, d’une part, les volumes vendus traditionnellement en Italie, au Royaume-Uni et – surtout - en Espagne manqueraient encore. Et, d’autre part, les volumes fournis par les sites concurrents de ceux français situés dans les Nouveaux Etats Membres et en Turquie continueraient d’être les principaux bénéficiaires de la demande accrue.

Idéalement, pour la France comme pour l’ensemble de "l’Europe du Sud", le rééquilibrage qu’amorcerait la croissance des salaires en Allemagne, devrait se combiner avec une modération salariale chez eux et une reprise vive de la croissance des salaires dans les pays d’Europe Centrale et Orientale pour que les déséquilibres dont ils souffrent commencent à se résorber et à rouvrir une fenêtre de croissance européenne soutenable pour eux. Si des politiques économiques coopératives permettaient de s’acheminer vers une telle conjonction, se dessinerait une sortie de crise "par le haut" et même la lancinante question des "surcapacités" pourrait se poser alors en des termes beaucoup plus favorables. Si, tel ne devait pas être le cas, des solutions du type transferts des charges sur la CSG voire la TVA seraient remises en selle : après tout s'il est vrai en effet que jouer la TVA sociale est bien peu exemplaire lorsque l’on prétend considérer l’UE comme un espace pertinent de définition des stratégies économiques, l’Allemagne qui en avait moins besoin et entend donner des leçons d’européanisme l’a fait avant nous et on ne saurait par militantisme rester l’arme au pied en regrettant que le monde idéal dans lequel on souhaiterait vivre ne soit pas le notre.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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