L’amont de la filière automobile dans la crise : consolidation ou darwinisme économique ?
La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien directeur du Gerpisa.
Depuis un peu plus de deux mois que se sont clos les Etats Généraux de l’automobile et, alors que la crise s’approfondit, le caractère assez consensuel des réflexions et conclusions fait place à une réalité autrement plus dure. Outre le retentissant départ de Thierry Morin de la direction de Valeo souhaité depuis longtemps par Pardus et obtenus semble-t-il grâce à l’appui du FSI, le cas de Heuliez, médiatisé par les interventions de Ségolène Royale, et les déclarations de Patrick Pelata (voir Autoactu du 26 mars) au terme desquelles les constructeurs sont aujourd’hui conduits à injecter directement des fonds chez certains de leurs fournisseurs clés sont venus rappeler où sont les maillons les plus faibles de la chaîne de valeur. Cette faiblesse est d’abord financière et économique. Elle s’exprime aussi en termes de pouvoirs dans la filière et de capacités à se faire entendre par la puissance publique. En mars 2009, ces deux caractéristiques dont Pelata avoue implicitement qu’elles finissent par être couteuses pour les constructeurs eux-mêmes conduisent à l’affirmation d’une doctrine qui définit les conclusions qu’il faut tirer de cet état de fait dans la crise.
Alors que le Pacte automobile signé à l’Elysée le 9 février dernier avait suscité quelques espoirs chez les sous-traitants de rang 2 et plus, on leur demande de comprendre aujourd’hui que l’accord n’était pas là pour assurer la survie des plus fragiles mais de restructurer la filière. Partagée par le Ministre Chatel et ses équipes, le responsable du FSI, Gilles Michel, ancien directeur de Citroën et les directeurs des achats de PSA (Jean-Christophe Quémard) et de Renault (Odile Desforges, à l'époque), la dite doctrine était résumée selon l’Usine Nouvelle du 19 février par le directeur de cabinet Marc Mortureux par l’expression : "on aide la filière à passer le cap, mais pas forcément à périmètre constant." Les dirigeants et les salariés de Heuliez étaient prévenus : la co-entreprise du gouvernement et des constructeurs est d’abord une entreprise nettoyage. Pour la légitimer, sont pointées les faiblesses structurelles des entreprises concernées qui seraient à la fois trop nombreuses et trop petites, qui refuseraient d’ouvrir leur capital et de se rendre ainsi accessibles à des opérations de regroupement et qui peineraient – faute de fonds propres suffisants – à faire les investissements nécessaires pour suivre, géographiquement et technologiquement, les exigences des constructeurs et des équipementiers de rang 1. Dès lors - ceci rappellera bien des choses aux acteurs de l’aval -, il faudrait faire contre mauvaise fortune bon cœur et profiter de la crise pour consolider et ne plus laisser subsister en sortie de crise que des "maillons forts". La référence, un peu courte souvent, à l’Allemagne ou au Japon complète le discours et semble lui conférer le poids du bon sens industriel.
La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.
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