PSA-Dongfeng : rencontre de deux hésitants

606158_0203010984795_web_tete.jpg

Les Echos ont obtenu cette semaine des informations qui donnaient un peu de consistance aux bruits qui courent depuis plusiseurs semaines concernant l’exploration par PSA d’une voie Dongfeng et/ou l’exploration par Dongfeng d’une voie PSA.

Côté PSA, l’examen de cette "solution" aux problèmes que ses pertes de parts de marché dans un marché européen sinistré impliquent pose autant de questions qu’elle n’en résoud. Côté Dongfeng, il en va de même : on peine aujourd’hui à mettre de l’ordre dans la multiplicité des activiyés de la "State Owned Company" adossé à la Province de Wuhan ; la perspective ouverte par un rapprochement avec PSA complexifierait encore la tâche.

Côté PSA, ce que l’on peut comprendre est que le cash brulé l’an passé, celui qui est en train de l’être cette année et celui qui le sera en 2014 et 2015 ( ?) limite drastiquement sa capacité à rester dans les deux courses auxquelles se livrent les constructeurs : celle vers les émergents et celle vers les nouvelles motorisations. Ainsi, la dernière fois que l’on avait entendu parler de Dongfeng-PSA pendant l’été, c’était au sujet du dossier de l’usine russe de Kaluga que le français détient avec Mitsubishi : Peugeot aurait cherché à vendre à Dongfeng ses parts (70%) mais Mitsubishi, qui possède les 30% restants, a fermement refusé cette entrée déguisée du constructeur chinois sur le marché russe et les négociations ont échoué. Ceci signifie que PSA est, faute d’argent, bloqué en Russie comme en Inde et ailleurs et a à la fois besoin de cash et d’allié pour assurer une présence et des volumes à ses plateformes face à une concurrence qui s’évertue à ne laisser aucun terrain vide.

Ce que l’on a plus de peine à saisir est ce qui se passe avec GM depuis 18 mois : alors que l’on se félicitait de part et d’autre fin 2012 de la vitesse à laquelle le travail en commun sur les coopérations progressaient, on ne voit plus trop depuis si - et à quel rythme – les domaines de coopération identifiés continuent d’être explorés activement entre Opel et PSA. Chez GM, on semble tergiverser. Chez PSA, la priorité semble être d’accélérer l’intercontinentalisation de l’activité et, dès lors qu’il est désormais patent qu’on n’obtiendra aucun soutien financier ou opérationnel de GM pour cela, l’alliance ne peut s’approfondir : le relâchement des limites mises par la famille ou l’état ressort alors comme une opportunité de trouver un allié global plutôt que comme une voie ouverte à l’intégration de PSA dans GM ou dans GM Europe.

Dans ce contexte, la capacité de PSA de profiter des volumes Opel et de ses contributions aux financements de programmes pilotés par PSA paraît obérée. Etant descendu à la fin de l’été en deçà des 10% de parts de marché en Europe, PSA a pourtant plus que jamais besoin de résoudre son problème de volume en Europe et – même si cela pose la question des usines et des marques -, la voie Opel a, de ce point de vue, d’indéniables mérites. Explorer la voie Dongfeng, c’est au fond remettre à plus tard la résolution du problème européen en espérant que les réussites qu’on engrangerait loin d’Europe rendent la question sinon plus facile à résoudre du moins moins prégnante. C’est sans doute mettre la charrue de l’intercontinentalisation avec un improbable partenaire avant les bœufs du retour aux profits en Europe avec un partenaire qui – c’est un euphémisme – n’est pas sûr de vouloir aider PSA à s’intercontinentaliser mais est clair sur ses intentions en Europe.

Vu du côté Dongfeng, PSA est un vieux partenaire puisque l’accord date de 1992. Mais Dongfeng, en dehors de son activité propre, dans le poids lourd en particulier, a aussi des JV avec Kia (depuis 2002) mais aussi avec Honda et, surtout, Nissan (depuis 2003). Avec Nissan, les volumes sont devenus très importants (773 000 véhicules vendus en 2012 contre 440 000 pour DPCA et 480 000 pour Dongfeng-Kia) et Renault travaille à son tour depuis de longs mois pour finaliser un accord. A l’inverse, PSA est allé chercher Changan récemment en partie parce que son partenaire de Wuhan ne le satisfaisait pas totalement et ceci n’a pas été – semble-t-il – sans créer de vives tensions.

Ainsi, même si Dongfeng a l’argent et le soutien des banques et mettrait bien volontiers les ingénieries PSA dans son orbite, s’engager dans cette voie pourrait poser de lourds problèmes dans les relations avec les autres partenaires. Or, ces autres partenaires sont hautement stratégiques et on imagine mal Dongfeng lâcher la proie Renault-Nissan pour l’ombre d’un rachat de PSA : Nissan, en accord avec les préconisations des autorités chinoises, est ainsi en train de lancer avec Dongfeng une marque de petites berlines exclusivement chinoises, Qi Chen ("Vénus"), à destination des classes moyennes des petites villes ; l’investissement prévu avec Renault et annoncé en juillet était de 1,4 milliards d’euro. On voit ainsi mal comment Dongfeng comme l’ensemble des State Owned Companies engagées dans ces activités très variées avec des partenaires multiples pourraient devenir rapidement – fut ce en s’adossant à des constructeurs historiques comme PSA – constructeurs autonomes stratégiquement et technologiquement et accepteraient – pour que cela devienne possible – d’alléger leur portefeuille de partenaires et de renoncer alors à l’essentiel des volumes qu’ils fabriquent et vendent.

Ainsi, même si le fait que l’un ait besoin d’argent et l’autre les moyens d’investir confère à la rencontre des intérêts de PSA et de Dongfeng une certaine plausibilité, elle renvoie de part et d’autre, à de lourdes hésitations et/ou à des arbitrages que l’on se refuse à rendre. On sait combien, dans tous les cas, les rapprochements, alliances ou fusion sont souvent évoquées et rarement effectives dans l’automobile. On sait aussi que lorsqu’ils le sont, ils sont rarement convaincants. On a alors quelques raisons de rester circonspect lorsque l’un et l’autre des mariés potentiels regardent surtout ailleurs.
Bernard Jullien

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

Commentaires

Copyright© Gerpisa
Concéption Tommaso Pardi
Administration Géry Deffontaines

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"