Grève à l'usine Toyota de Onnaing, mais c'est loin d'être une surprise

La grève éclatée ce matin à l'usine Toyota de Onnaing (Valenciennes) pourrait surprendre. D'abord, parce qu'il s'agit d'une grève axée sur des revendications salariales, alors que dans le contexte de crise actuel les enjeux du dialogue sociale dans l'automobile portent plutôt sur le mantien de l'emploi et la protéction de sites contre les risques de fermeture. Ensuite, parce qu'il s'agit d'un site qui est genéralement presenté comme une formidable réussite, à la fois au niveau de son dialogue sociale, et en termes de pérformances industrielles et économiques. On rappelera juste sur ce point que TMMF (Toyota Motor Manufacturing France) a dégagé sur les quatre dernières années environ 275 millions d'euros de bénéfices, ce qui représente pour une filiale de production un résultat tout à fait considérable.

Et pourtant, je suis loin d'être surpris par l'éclatement de cette grève, et je crois pouvoir affirmer que tous ceux qui connaissent bien l'histoire sociale de cette usine partagent sans doute avec moi le même sentiment. Il peut paraître bien entendu rélativement facile de dire cela après coup, mais l'hasard a voulu que je l'écrive, peut-être pas exactement en ces termes, avant l'éclatement de cette grève – d'abord, dans un article en anglais qui a été publié en 2007 (Pardi 2007), et plus recemment dans un article intitulé "Travailler chez Toyota: de l'emploi à vie à la course à la survie" qui va paraitre prochainement sur la révue de l'IRES. Et si dans ces papiers j'exprimais malgré tout un sentiment de surprise, il concernait plutôt le fait que cette fameuse grève ne soit pas intervenue plus tôt dans la trajéctoire de l'usine, tant les conditions de travail et le dialogue sociale au sein des différents ateliers s'étaient degradés depuis le démarrage de la production en 2001.

Comme toute grève, celle-ci a ses causes conjoncturelles, liées dans ce cas particulier au taux de rémunération du chômage partiel (voir l'extrait du journal de France 3 ci-dessous). Mais il est pour moi évident qu'il s'est agit dans le spécifique de la goutte qui a fait deborder le vase, et que l'origine de cette grève a des racines bien plus profondes dans l'histoire de l'usine.

Pour nourrir le débat que cette nouvelle inattendue ne va pas manquer de susciter, je  propose ici la lecture de quelques extraits de mon papier à paraître (susceptibles donc d'évoluer d'ici à sa publication). Dans les passages que j'ai selectionnés, je me concentre en particulier sur la période 2001-2005 chez TMMF, et  je présente en même temps une analyse du système de production Toyota tel qu'il a fonctionné depuis les années 1970 et 1980 au Japon.
 


Onnaing : L'usine Toyota subit sa première grève. - Ma-Tvideo France3

Grève inédite à Toyota. Ce mardi matin, une centaine de salariés ont manifesté devant l'usine pour réclamer le paiement de leur chômage partiel à hauteur de 100% contre 60% actuellement. Selon Eric Pecqueur, délégué CGT, "ce n'est pas aux salariés de payer les conséquences dela crise". Lundi, le mouvement touchait 250 salariés. La direction se dit prête à entamer des négociations avec les partenaires sociaux.


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