Les constructeurs peuvent-ils faire décoller l’auto-partage ?

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Ford a annoncé au début de cette année le lancement d’une expérience pilote à Bangalore en Inde. Constatant que, bien que désireux de disposer d’un véhicule "personnel", une large partie des ménages n’avait pas les moyens de se les payer, il s’agit de permettre à de petits groupes de les acquérir en commun et de les assister pour en organiser le partage entre eux : amis, familles, collègues de travail, voisins, ces petits groupes de personnes qui se connaissent, se font confiance et exercent les uns sur les autres un certain contrôle parce qu’ils sont quoiqu’il arrive amenés à se revoir correspondent à des configurations qui peuvent permettre de lever certaines barrières au partage dont on connaît l’importance.

C’est le premier pari de Ford qui s’est adossé pour l’occasion à une entreprise d’auto-partage locale appelée Zoomcar (1). Ford insiste aussi sur la prégnance des problèmes de congestion et d’infrastructure (parking en particulier) dans la configuration indienne. Le projet s’inscrit dans un plus vaste programme conçu à l’échelle mondiale appelé Ford Smart Mobility par lequel l’entreprise entend explorer, en conduisant 25 expériences significatives dans le monde, une large gamme de solutions innovantes qui repositionne l’automobile et ses usages dans la gamme des modes de déplacement (2).

Une large partie de ces expériences sont centrées sur l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis mais cette expérience indienne souligne que l’idée selon laquelle seuls les pays mûrs et déjà très "automobilisés" pourraient être accueillants à ces développements n’est plus une hypothèse de travail qui fait l’unanimité. Si l’on considère en effet que le grand mérite de ces solutions est de résoudre simultanément les deux questions clés que sont celle de la solvabilité de la demande et celle de la congestion et/ou de l’emprise au sol des parcs, alors le soutien dont elles pourraient bénéficier dans certains grands émergents mérite toute l’attention. Dans le domaine du co-voiturage, Blablacar lance également son service en Inde et en Turquie et lorgne sur le Brésil.

Un peu comme pour le VE, on pourra railler le bruit médiatique qui entoure ces micro-phénomènes et insister sur le fait que, après de nombreuses années désormais, le décollage n’est effectif nulle part. On pourra aussi constater que, malgré toutes ces difficultés, les grands acteurs traditionnels de l’automobile que sont les constructeurs et les loueurs ont plutôt tendance à confirmer leur engagement quand il est ancien ou à sauter le pas quand il était timide. Ainsi, Audi, pour l’instant moins engagé que ne le sont Daimler-Europcar (avec Car2Go) ou BMW-Sixt (avec DriveNow), s’est fait remarquer fin 2014 en présentant une expérience en cours en Suède qui repose sur les mêmes bases que celles expérimentées par Ford en Inde (3): il s’agit de permettre à de petits groupes réunis sur une base "affinitaire" de partager le même véhicule et de les aider à ce que cela soit facile. Outre le couple "dispositif embarqué-application smartphone" permettant gestion et facturation des usages, Audi entretient et lave le véhicule … Ford, dans un autre registre, travaille sur un dispositif appelé Car Swap par lequel des propriétaires de Ford pourraient éventuellement en trouver d’autres pour échanger avec eux lorsque le véhicule qu’ils possèdent n’est pas adapté à un usage occasionnel.

Tout ceci semble indiquer que les constructeurs, après avoir fait preuve d’un certain attentisme et laisser avorter beaucoup d’expériences pionnières construites sans doute sur des bases un peu naïves, s’intéressent à ces affaires en tant qu’elles peuvent servir directement leur business et valoriser leurs marques et leurs réseaux (4). Ils constatent pour cela que, aussi séduisante que soit intellectuellement l’idée de mettre sa voiture en location sur une "place de marché" pour faire en sorte qu’elle vous rapporte plutôt qu’elle ne vous coûte, ces formules ont du mal à décoller tant l’anonymat des transactions convient mal aux préventions que nourrissent les propriétaires lorsqu’il faut sauter le pas. En engageant leurs marques et leurs réseaux pour proposer des modèles plus "affinitaires" par lesquels ils se proposent de gager le partage ou le "swap", ils sont effectivement susceptibles de prendre la main et de faire sortir ces formules de l’enfance voire du statut de mort-nées qui se dessinaient bien souvent pour elles.

(1) Selon, The Hindu BusinessLine, "Zoomcar is a self-drive car rental service provider, which gives cars on rent by hourly, daily, weekly or monthly basis. The company provides all kinds of vehicles, including sedans, sports utility vehicles and luxury cars."
(2) http://www.thehindubusinessline.com/companies/ford-pilots-sharecar-proje...
(3) https://media.ford.com/content/dam/fordmedia/North%20America/US/2015/01/...
(4) http://www.fastcoexist.com/3038562/audi-tests-a-new-carsharing-plan-spli...
Ford a également en Allemagne un programme d’autopartage développé avec une entreprises spécialisées appelé Flinkster qui s’adosse très largement à son réseau de concessionnaires.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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