En quoi va consister le regroupement des 34 plans industriels ?

L'industrie c'est dépassé: la preuve
Emmanuel Macron avait, en septembre, déclaré : "34 plans industriels, c’est beaucoup". Il entendait prendre son temps pour les passer en revue et en proposer des regroupements pour rendre le dispositif plus lisible. Après qu’il ait, à son arrivée,  renoncé au "Ministère du Redressement Productif" qu’avait voulu son prédécesseur pour se déclarer Ministre de l’Economie et qu’il ait avalisé la transformation de l’ex-DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité de l’Industrie et des Services) en DGE pour Direction Générale des Entreprises, on pouvait s’attendre à ce qu’il veuille "décolbertiser" le dispositif et donner raison à toute une série d’économistes libéraux pourfendeurs des "politiques de filières" centrées sur les grandes entreprises et pilotées par elles.
 
On avait ainsi lu à l’automne 2013 le brûlot de A. Landier et D. Thesmar assez directement dirigé contre l’axe Montebourg-Corps des Mines - auquel les J.-L. Beffa et L. Gallois étaient associés (1). On a, de même, découvert récemment dans l’Opinion les thèses de E. Combe qui, avec bien d’autres, nous explique qu’il n’y a plus grand chose à espérer des grandes entreprises dans les secteurs mûrs  et qu’il faut s’empresser de soutenir les start-ups qui feront l’économie et les technologies de demain (2). De manière plus modérée, certains regrettent que l’on ait préféré une vision archaïque en termes de filière à une appréhension en termes de renouvellement des écosystèmes d’innovation : pour eux, "c'est parce que les filières se concentrent sur elles-mêmes qu'elles dépérissent ; c'est au contraire lorsqu'elles rencontrent d'autres filières qu'elles se donnent des chances de développement". (3). Bref, l’approche par filières serait archaïque ne donnerait pas toute leur place aux technologies transversales et, en particulier, aux technologies numériques (4).
 
L’automobile est au cœur de ces débats car elle est traitée à raison comme une filière lorsque, par exemple, on cherche à développer des véhicules 2 litres aux 100 kms. Elle a par ailleurs besoin, pour développer des véhicules autonomes et/ou pour renouveler son approche de la question manufacturière et/ou des services de mobilité qu’elle a  rendre de s’inscrire dans des dispositifs plus larges et transversaux qui tentent d’organiser la fertilisation croisée entre l’approche, forcément prudente, des constructeurs et celles développées dans d’autres secteurs, par des start-ups ou des grands groupes. Bien que difficile à rendre clair, le dispositif des 34 plans laissait coexister les deux approches en proposant des projets de filières et d’autres plus transversaux. Il s’adossait d’ailleurs tantôt à la PFA qui incarne une approche filière tantôt aux pôles de compétitivité et/ou à Vedecom qui relèvent davantage d’une approche en termes d’écosystème.
 
Paradoxalement, les regroupements qui semblent se dessiner pourraient appauvrir ce compromis et renouer avec les archaïsmes auxquels Montebourg avait su tourner le dos. Ainsi, à Figeac, le 14avril, François Hollande a donné quelques indications en évoquant le regroupement  dans un plan "Industrie du Futur" de quelques uns des projets NFI. Le nouveau plan annoncé intégrera en effet au plan "usine du futur" qui était le 34ème, six plans jugés "connexes", ceux relatifs à la robotique, à l’Internet des objets, au Big Data, au calcul intensif, au Cloud, et à la réalité augmentée. Il mobilisera pour cela une association loi 1901 "fondée par une kyrielle d’organisations (FIM, Syntec Numérique, AFDEL, UIMM, Symop, Gimélec) et de centres de recherche". Pour le Monde, le dispositif rompt avec la "logique projet" qui était au fond celle des 34 plans structurés autour d’objectifs opérationnels et pilotés par des chefs d’entreprises pour restaurer des "plans à l’ancienne" , "c’est-à-dire des systèmes de subventions par filière, de communication politique… et, parfois, de gaspillage" (5). La simplification n’est pas toujours gage de modernité. La réalité technologique automobile est complexe et il vaut mieux à tout prendre que cette complexité soit intégrée et respectée plutôt que sacrifiée sur l’autel de la lisibilité.
 
 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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