Les statistiques du commerce extérieur d’automobiles : l’industrie française descend en gamme et le déficit se creuse

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Maintenant vous pouvez étudier le tableau joint

Les chiffres de production et les annonces faites concernant les sites français depuis 2014 semblent indiquer que les choses ont cessé d’évoluer dans le mauvais sens.
Le CCFA a ainsi indiqué que, sur le premier semestre, la production de véhicules légers des constructeurs français en France avait augmenté de 7,7% (- 1, 7% pour PSA et + 26,6% chez Renault).
Dans la mesure où 2014 avait correspondu à une augmentation de 4%, on se prenait à rêver que le déficit commercial apparu en 2008 commencait à être réduit et que, avec un marché français relativement atone, les importations restaient relativement sages alors que la reprise des marchés européens bénéficiait aux constructeurs français et à leurs sites français. Après tout, la reprise semble favoriser les marques généralistes et, si PSA a fait un peu moins bien que le marché VP (+3,6% contre +8,2%) au premier semestre, l’inverse est vrai de Renault qui a (sans Dacia) progressé de 10,9%.
 
Les statistiques douanières que Bercy fournit douchent assez clairement ce fol espoir. En effet, sans attendre les chiffres de l’année 2015, lesdites statistiques permettent de comparer 2013 aux 12 derniers mois disponibles qui correspondent à la période 1er septembre 2014/31 août 2015.
L’analyse des statistiques correspondant aux 7 catégories de véhicules distinguées par les douanes (1), montre que le déficit commercial qui était de 7,9 milliards d’euros sur l’année 2013 serait sur la dernière période de 9,9 milliards. Le déficit augmenterait donc de 25%.
En volume, il correspondait en 2013 à des importations qui excédaient les exportations de 373 000 unités, en 2015 on passe à 460 000 voitures.
Du côté des exportations on constate une légère baisse des volumes (1,2%) correspondant à des véhicules produits en France et vendus hors de France qui représentaient 1,146 million en 2013 et ne représentent plus 1,132 million sur la dernière période. Le renchérissement des produits (de 5,2%) compense.
Du côté des importations, la croissance s’explique tout à la fois par celle des volumes (+ 4,8%) et par celle des prix (+ 6,7%). En cela, il est difficile de voir dans les statistiques, les traces du succès de la fameuse "montée" en gamme qui serait la condition de la préservation du site France.
Ainsi, lorsque l’on compare les valeurs unitaires moyennes des véhicules exportés depuis la France à celles des véhicules importés, elles s’établissaient respectivement à 11 148 et 13 637 euros en 2013 et sont désormais de 11 730 et 14 554 euros. L’écart était de 22%. Il est maintenant de 24%. Le deal qui consiste à importer des véhicules peu chers et à exporter les véhicules issus de la "montée en gamme" reste incantatoire.
 
En témoigne également, la composition des importations et des exportations. En procédant au regroupement des différentes classes de cylindrées, nous avons construit deux catégories correspondant aux petits véhicules (dont les valeurs unitaires sont à l’export comme à l’import autour de 10 000 euros) et aux moyens véhicules (dont les valeurs unitaires sont à l’export autour de 14 000 euros et à l’import autour de 17 000). Il ressort alors que les exportations sont encore plus orientées sur les petites voitures en 2015 qu’en 2013 : en valeur le pourcentage était de 45,8% en 2013 et serait désormais à 48% ; en volume on passerait de 55 à 58%.
 
En termes géographiques, le tableau est relativement clair : la dégradation du déficit est de 2 milliards d’euros et elle est due pour moitié aux délocalisations (qui se traduisent par un déficit accru vis à vis des Nouveaux Etats Membres, de la Turquie et de l’Afrique) et pour moitié à la dégradation de la position française vis à vis des anciens membres de l’UE.
 
La dégradation du solde est d’abord due aux délocalisations dans les Nouveaux Etats Membres vis à vis desquels le solde se dégrade encore de 650 millions d’euros. Pourtant, le nombre de véhicules concernés varie peu ce qui montre que ces pays, eux, montent en gamme …  Les délocalisations sont également perceptibles dans le solde avec l’Afrique qui était excédentaire de 314 millions et devient déficitaire de 138 millions. Il est très sensible sur les petites voitures et renvoie en large partie à la montée en puissance du site de Tanger.
 
Pour la moitié de la dégradation manquante, il faut se tourner vers "l’UE 14" c’est à dire vers les plus anciens membres de l’UE. En effet, le milliard de déficit qui n’est pas dû à l’approvisionnement du marché français – pour les marques françaises en particulier – par des sites est-européens ou africains est dû à la dégradation de deux soldes bilatéraux : le solde France-Italie et le solde France –Royaume-Uni. Le premier s’est dégradé de 470 millions ; le second de 400 millions ; en rajoutant 230 millions de dégradation du solde vis à vis de l’Allemagne et 100 vis à vis de l’Espagne, le compte y est.
 
Cela signifie très clairement que si - comme c’est le cas pour Renault et ces derniers mois pour Peugeot - la reprise des marchés européens bénéficie aux marques françaises, elle ne bénéficie guère aux sites d’assemblage français. Les exportations vers l’Italie n’ont pas progressé et ont même un peu baissé (de 1,9 à 1,7 milliard). Celles vers le Royaume Uni ont stagné. En revanche, les importations du Royaume Uni ont progressé de 500 millions et celles d’Italie de 150.
 
Le seul marché dont la croissance profite très clairement aux exportations françaises est le marché espagnol qui a acheté à la France pour 570 millions de véhicules supplémentaires (ce qui correspond à une activité supplémentaire de 60 000 véhicules puisque le volume exporté qui est passé en 20 mois de 71 000 à 123 000). Hélas, ceci s’est accompagné d’une baisse de la valeur unitaire des véhicules concernés qui est passée de 13 000 à 12 200 euros. Ceci s’est également accompagné d’une explosion des importations venues d’Espagne : elles passent en valeur de 4,4 à 5,1 milliards et, en volume, de 350 000 à 375 000 véhicules ; la progression en valeur est beaucoup plus nette que la progression en volume car les valeurs unitaires s’élèvent significativement de 12 600 à 13 600 euros. Il n’y a pas meilleure illustration de ce que la montée en gamme n’est pas au rendez-vous.
 
(1) Les véhicules sont distinguées en véhicules diesel et essence et répartis selon la cylindrée des moteurs en trois tranches pour les diesels (moins de 1,5l ; entre 1,5l et 2,5l et au delà de 2,5l) et en 4 tranches pour les essences (moins de 1l, de 1l à 1,5l, de 1,5l à 3l et au delà de 3l). Pour chacune des 7 classes, sont fournis les échanges en valeur et en volumes pour toutes les provenances et destinations "significatives".

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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