L’automobile : nouvel eldorado pour l’électronique mondiale

La partie émergée de l'iceberg

Le groupe Samsung Electronics a annoncé cette semaine qu’il se doterait d'une équipe chargée de développer des produits destinés au secteur de l'automobile. Très explicitement, le groupe coréen inique qu’il espère trouver là un nouveau relais pour une croissance qui n'est plus assurée par ses smartphones. Et effectivement, les industriels du secteur qui, pendant des années, ont pu compter sur les smartphones pour tirer leur croissance et la rendre profitable constatent aujourd’hui que le marché sature.
Pendant des années, pour les industriels de l’électronique, l’automobile apparaissait comme un marché relativement mineur et très exigeant. Les "prix au kilo" que les constructeurs exigent qu’on leur propose sont en effet très en deçà la plupart du temps de ceux que d’autres secteurs - et en particulier la téléphonie - leur autorisent. 
De plus, les composants et systèmes à fournir doivent supporter les exigences associées à l’automobile et, en particulier, les variations de température et les contraintes de fiabilité qui interdisent la plupart du temps la simple fourniture de composants standards. 
Dès lors, pour un électronicien, se développer dans l’automobile pouvait apparaître comme une fausse bonne affaire et ils on laissé le champ libre à des équipementiers automobiles qui, à l’instar de Valeo ou de Bosch, sont devenus des électroniciens. Samsung typiquement avait créé en 1995 sa filiale automobile, Samsung Motors. Cinq années plus tard, ses dirigeants avaient jugé cette diversification hasardeuse et considéré qu’il y avait mieux à faire que de tenter le mariage de l’électronique et de l’automobile au sein d’une même organisation. C’est alors que Renault a acquis Samsung Motors.
 
Si aujourd’hui le vent tourne, c’est d’abord parce que la croissance de l’électronique n’est plus ce qu’elle était. Ainsi, pour la première fois depuis 2009, la production mondiale de systèmes électroniques devrait reculer en 2015, cédant 2% pour descendre à 1423 milliards de dollars
Selon IC Insights, les débouchés dans la téléphonie mobile (260 milliards de dollars soit 18% du total) ne devraient plus croître que de 2,9% d’ici 2019. L’automobile, qui ne représente pour l’heure que la moitié (126 milliards de dollars), devrait enregistrer des performances bien supérieures. Selon un autre institut, IMS Research, le marché mondial de l’électronique automobile devrait progresser de plus de 50% entre 2010 et 2020, passant ainsi de 157 à 240 milliards de dollars. La locomotive de cette croissance serait clairement la sécurité et les réglementations qui y sont liées
Le mouvement est relativement ancien mais les évolutions en cours dans l’automobile et les systèmes de transport semblent bien accélérer notoirement le mouvement. Ainsi, Jochen Langheim, vice-président des projets de R&D Systèmes automobiles de STMicroelectronics affirmait en 2013 : "Dans l’automobile, l’innovation est constituée à 90 % par de l’électronique". Lors de la même conférence, son collègue Martin Duncan, directeur de la business unit ADAS et microcontrôleurs chez ST Microelectronics soulignait : "Au cours de la dernière décennie, le marché de l’automobile mondial a progressé de 30% mais parallèlement, celui de l’électronique embarquée dans les véhicules a doublé et celui des semi-conducteurs dédiés, triplé". 
 
Si tel est le cas dans la décennie en cours, c’est en raison de la multiplication des fameux ADAS (Advanced Driver Assistance Systems ou, en français, Systèmes Avancés d'Aide à la Conduite) qui impliquent la multiplication des capteurs, des caméras, des détecteurs ultrasons qui, petit à petit, déchargent les conducteurs de pans entiers des responsabilités qu’ils exerçaient jusqu’alors, plus ou moins bien. 
Dès lors, la perspective d’une autonomisation croissante des véhicules confère à l’électronique et à l’informatique embarquée une capacité notoirement accrue à la fois à tirer l’innovation et à capter la valeur. Le réinvestissement des industriels de l’électronique dans l’automobile que symbolise l’annonce faite par Samsung cette semaine indique que le cap pris par l’industrie automobile mondiale vers le véhicule autonome est crédible.
 
Les constructeurs automobiles vont pouvoir compter, pour réussir à accoucher dans les 15 ans des solutions fiables technologiquement et économiquement soutenables non seulement sur la mobilisation de leurs équipementiers traditionnels mais aussi sur celle des géants de l’électronique et de nombreuses start-ups. Le système automobile ainsi enrichi redevient moteur technologiquement pour l’ensemble de l’industrie et a alors des chances notoirement accrues de voir les évolutions indispensables des dispositifs institutionnels et légaux s’opérer. 
La veille du jour où Samsung annonçait sa volonté d’accélérer son développement dans l’automobile, la député de l’Isère et ex-ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso s’inquiétait dans une question écrite au gouvernement de la politique conduite par les dirigeants de ST Microelectronics – dont l’Etat français détient, comme le gouvernement italien, 13,5%. 
Elle proposait en outre de réduire la distribution de dividendes et de restaurer un ratio R&D sur CA plus proche des standards du secteur (20% selon elle contre 7% chez STM). La question est évidemment ici celle de savoir si et comment les industries françaises et européennes vont pouvoir trouver en leur sein les ressources nécessaires pour assurer leur autonomie technologique. 
Elle est au moins aussi cruciale que celle, plus médiatique, qui consiste à se demander si Google ou Apple menacent les constructeurs.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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