Chine : vers une officialisation des low speed vehicles qui valide l’option prise par Carlos Ghosn

Au catalogue Ali Baba

Bloomberg attirait il y a un mois notre attention sur l’imminence d’une réintégration dans le champ règlementaire chinois des fameux "Low Speed Electric Vehicles" parfois appelés aussi Mini EVs.
Souvent évoqués dans ces colonnes, ces LSEV constituent depuis longtemps en Chine une voie alternative pour les territoires et les ménages laissés sur le bord du chemin par le développement de l’automobile tel qu’il est orchestré par les grandes JV. 
De même que les dits véhicules ne sont pas immatriculés, leurs conducteurs peuvent se passer de permis, leurs producteurs peuvent se passer d’homologations et développer leur production hors du cadre que la NDRC (National Development and Reform Commission) définit pour structurer l’industrie automobile chinoise. 
 
En envisageant de reclasser prochainement les LSEV comme des motos, Miao Wei, le ministre de l’industrie et des technologies de l’information reprend la main et met un terme provisoire à un débat ancien qui s’est exacerbé avec la croissance très vive de ces marchés.
Les constructeurs comme les autorités mettraient ainsi un terme à leurs atermoiements : ils les réintègreraient et leur octroieraient ainsi une forme de reconnaissance officielle mais ils prendraient alors la main en pouvant en taxer et en contraindre le développement. 
 
Les grandes JV ont tendance à être plutôt hostiles à ces nombreuses entreprises qui forment un écosystème assez éloigné géographiquement et technologiquement du leur. Elles ont toutefois souvent semble-t-il des sous-traitants en commun et l’étanchéité entre les deux mondes est loin d’être totale.
Pour les autorités, ce monde des LSEV a les chiffres pour lui puisqu’il s’en serait vendu 400 000 en 2014 et 600 000 en 2015.
 
Cela signifie deux choses : d’abord, la capacité de l’industrie automobile officielle à offrir des voies de motorisation adaptées à une part importante de la population dans les villes de rangs inférieurs est problématique ; ensuite le marché du véhicule électrique existe bien et pourrait permettre d’espérer que les objectifs officiels soient atteints mais il n’est révélé qu’à la marge.par les offres de véhicules électriques homologués comme tels. 
 
Pour une région comme celle de Shandong qui est au cœur de cette dynamique, ce changement règlementaire est ambigu car il peut impliquer une moindre liberté d’action pour des producteurs d’autant plus créatifs qu’ils n’avaient pas à s’encombrer de quelques formes de régulation que ce soit
Il devrait toutefois permettre de "faire le ménage" et de valoriser les entreprises constructrices de ces véhicules les plus structurées qui sont d’ores et déjà assez bien identifiées.  
 
Comme on le pressentait et comme est venu le confirmer lors d’une Journée du GERPISA vendredi  Bo Chen, jeune chercheur à l’Ecole Polytechnique,  cette dynamique n’est pas étrangère à celle qui a été rendue publique par Carlos Ghosn en février lorsqu’il a affirmé : "Le gouvernement chinois veut davantage de voitures électriques et nous y sommes favorables mais le consommateur veut que ces véhicules soient bon marché et il y a une limite aux sommes qui peuvent être données par le gouvernement sur chaque véhicule." 
Il avait alors ajouté : "La question est ‘quel est le meilleur compromis entre une performance acceptable et le prix le plus bas possible ?’. C’est ce compromis qui n’a pas été trouvé pour l’instant et nous voulons le trouver. Je fais le pari qu’il y a un gros travail de développement à accomplir sur des voitures électriques très bon marché." 
 
Depuis février, les autorités ont confirmé qu’elles regardaient elles aussi en direction des LSEVs pour faire sortir le véhicule électrique de l’impasse. 
Carlos Ghosn quant à lui a confirmé fin mars à New York que c’est autour d’une électrification de la Kwid que Renault pourrait proposer une alternative d'entrée de gamme et tenter de faire émerger une voie médiane entre ces LSEVs et l’automobile. Même si les autorités rêvent encore sans doute de faire émerger un champion chinois sur ce terrain là, il y a fort à parier que leur pragmatisme les amènera à soutenir un développement qui paraît cadrer assez précisément avec les chemins que trace leur traitement du dossier LSEV. 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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