Tesla absent à Genève mais Musk omniprésent dans les médias

Where is Monsieur Musk?

Plus que toutes les années précédentes, 2017 devrait être pour Tesla l’année clé.
Pour les spécialistes de l’automobile, l’affaire est compliquée et Elon Musk se déchaîne pour brouiller les pistes. Après être passé en force sur la très critiquée intégration de Solar City, il n’est pas venu à Genève faire le point sur l’état du dossier Model 3 mais sature l’espace médiatique tout de même en indiquant que Space X commence à vendre des tickets pour la lune, qu’il crée une compagnie de forage de tunnels (‘The Boring Company’ (1)) ou qu’il va régler le problème du réseau électrique de l’Australie Méridionale en 100 jours.
On ne peut qu’avoir un peu de mal à suivre et se demander comme chacun si l’on manque de la hauteur de vue nécessaire pour le suivre ou si l’on ne développe pas une saine résistance à une évidente entreprise d’enfumage.
 
Plus concerné que nous qui nous demandons modestement ce que cela peut signifier pour l’industrie automobile, les analystes financiers et conseillers en investissements boursiers ne sont pas mieux lotis.
Sur son Blog ‘Invest with Cramer’, Jim Cramer s’en amuse et parle au sujet de Elon Musk de "la seule personne sur cette planète qui parvient à vous présenter un trimestre marqué par un free cash flow négatif de 1 milliard de $, une marge brute en très nette chute, 16 milliards de dette et le départ soudain de son directeur financier et à voir encore son action annoncée en hausse" (2). Il a, dit Cramer, réponse à tout et, d’évidence, l’analyste ne parvient pas à savoir si lesdites réponses sont ou non consistantes.
Ainsi, lorsqu’on le questionne sur les marges qu’il réalise sur ses voitures, E. Musk répond qu’elles sont "horriblement négatives" tout en assurant qu’il en ira bien différemment si, comme prévu, il parvient à produire enfin les 500 000 voitures par an qu’il escompte.
 
Alors, même si après la houleuse opération SolarCity, il avait juré ses grands dieux qu’il n’aurait pas besoin de lever des fonds supplémentaires, E. Musk a avoué en présentant ses résultats fin février que, le cours du titre étant ce qu’il est et sa consommation de cash continuant à s’accélérer, il y a toute les chances qu’il ne se prive pas : sur le dernier trimestre, le ‘CAPEX’ avait plus que doublé.
Or, tout indique que "avec le lancement du Model 3, l’essentiel de la dépense est à venir" et "Tesla s’apprête à investir entre 2 et 2,5 milliards de $ avant de pouvoir réellement lancer sa production" (3). Ceci signifie que, sur le premier semestre 2017, le ‘CAPEX’ va excéder les montants cumulés sur les 6 derniers trimestres.
Comme l’indique un analyste de Morgan Stanley aux Echos : "On comprend pourquoi la valorisation boursière sous-tend tout le modèle de Tesla. Une capitalisation importante lui permet, régulièrement, d'aller chercher des financements sur les marchés sans pour autant diluer beaucoup les actionnaires" (4).
 
On comprend aussi pourquoi, il faut absolument que le ‘story telling’ ou – plus exactement – les multiples histoires que le récit d’Elon Musk entrecroisent doivent continuer de séduire : tout s’effondrerait si les cassandres de plus en plus nombreuses étaient finalement entendues.
Pour l’instant, ce n’est pas vraiment le cas : même si le dernier mois a vu l’action baisser de 280 à 240 dollars, Tesla – qui a vendu 76 000 voitures en 2016 – continue de valoir plus de 40 milliards, presqu’autant que Ford (49). Comme le soulignent certains analystes, on ne peut exclure que la bulle éclate et les sceptiques croient très sérieusement que ce jour est proche.
 
Ainsi, Gaël Deballe écrivait le 8 mars au sujet de la présentation des résultats du 4ème trimestre :
"Un intervenant a demandé des éclaircissements sur le nombre de commandes du Model 3. La tendance sur les commandes n’avait pas été mise à jour depuis longtemps. La direction a refusé de donner un nombre de commandes pour le Model 3, mais a insisté sur le fait que la demande n’est pas un problème. Nous avons des doutes quant à la demande pour le Model 3. Qu’elle soit de 100 000, de 500 000 ou de 1 million par an, le nombre d’unités vendues du Model 3 sur le long terme sera limité dans un marché de plus en plus concurrentiel des véhicules électriques. Dans un marché plus volatil et moins complaisant qu’aujourd’hui, plus personne ne voudra avoir Tesla en portefeuille. Et une action qui s’effondre va faire augmenter le coût de financement pour les projets de la compagnie. Ce serait un cercle vicieux qui pourrait avoir débuté suite aux dernières publications de résultats. Attendons de voir si la baisse se poursuit. Le titre a perdu 12% depuis ces annonces. C’est peu, en regard de ces fondamentaux exécrables." (5)
 
Il rejoint ainsi les sceptiques qui prétendent que Tesla n’est pas une entreprise mais un "incinérateur de cash" (6) et ne pensent pas qu’il soit possible que E. Musk soit à même de vendre le Model 3 au prix annoncé.
Mark B. Spiegel développait cet argument en novembre et se demandait comment Tesla pourrait passer d’un coût moyen par véhicule de plus de 80 000 $ pour ses Model S et X à un coût compatible avec le prix annoncé pour le Model 3. Il écrivait : "Même en économisant 6000 $ sur la batterie  (200$ x 30kWh), 5000 $ sur les pièces et matériaux et 5 000 $ grâce aux gains d’efficience en production, le coût moyen d’une Tesla Model 3 resterait aux alentours de 65 000 $. Quand bien même on ferait crédit à E. Musk de 10 000 $ de baisse des coûts supplémentaires au nom des fameux ‘cost savings fudge factor’, la fabrication d’un Model 3 coûterait encore 55000 $."   (7). Spiegel remarque d’ailleurs que, un an avant qu’il ne soit lancé à 67 400 $, le Model S était annoncé à moins de 50 000 …
 
Avouons qu’il y a quelques raisons de demander à Mr Musk des éclaircissements sur le dossier automobile sans plus nous parler de conquête spatiale, de tunnels à creuser ou, même, de panneaux solaires.
 

(1) http://www.clubic.com/mag/transports/actualite-826286-boring-company-tunnels-elon-musk.html

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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