Consolidation au Japon : Après Mitsubishi-Nissan, Toyota et Mazda

L'archipel des constructeurs nippons

Le mois d’août a vu se confirmer un mouvement sensible de consolidation de l’industrie automobile japonaise : libérés de leurs liens avec les constructeurs américains depuis plusieurs années déjà, les "petits" constructeurs japonais que sont Mitsubishi (autrefois lié à GM) et Mazda (autrefois lié à Ford) acceptent de s’inscrire dans des galaxies plus vastes. Dans le cas de Mazda, il s’agit de l’officialisation d’une relation partenariale puisque, comme l’indique Les Echos "Mazda travaille avec Toyota depuis les années 1970"
Elle passe par une prise de participation de Toyota qui acquiert 5% du capital de Mazda pour un montant de 50 milliards de yens (385 millions d'euros), tandis que ce dernier investit à hauteur de 0,25% dans Toyota. Contrairement à ce qui se dessine pour Mitsubishi, l’indépendance des deux constructeurs est préservée mais les domaines de collaboration s’étendent notoirement.

Ils concernent d’abord les Etats Unis où, pour faire face aux pressions mises par l’administration Trump, les deux constructeurs entendent construire une importante usine d’assemblage en commun. Toyota, pour l’instant absent du Mexique y avait des projets et semble ainsi confirmer y renoncer. 
Mazda vend mondialement 1,5 million de véhicules par an et réalise aux Etats-Unis environ 20% de ses ventes (300 000 véhicules environ (2)) en peinant à y maintenir une part de marché de 1,7% (3). Contrairement à Toyota, Mazda n’assemble pourtant pas de véhicule sur le territoire américain : après s’être contenté longtemps d’importer ses véhicules d’Asie, Mazda s’était doté en 2014 d’importantes capacités (250 000) dans l’ALENA mais avait choisi le Mexique (4). 
Devant les rodomontades de Trump et alors que, depuis le 16 août, les accords de libre échange sont en renégociation, il devenait urgent de sortir enfin des cartons cet ancien projet avec Toyota.
 
C’est ce qui a été annoncé par les deux partenaires en même temps que leur échange de participation : ils réaliseront un investissement de 1,6 milliard de dollars dans une usine d'une capacité de 300 000 véhicules par an qui devrait fabriquer des Toyota Corolla et des SUV Mazda et employer environ 4 000 personnes à l'horizon 2021. 
De quoi déclencher dans les différents Etats américains, une véritable compétition pour tenter d’être celui qui offrira aux constructeurs les conditions les plus alléchantes (5) : Trump confirme ainsi que son America first (6) porte ses fruits avant même qu’aucune mesure effective n’ait été prise et que les constructeurs non américains qui ont besoin de pouvoir importer une part significative des volumes qu’ils vendent aux Etats-Unis sont les premiers à tenter de lui faire plaisir. Bien évidemment, pour un pays comme le Japon qui, en 2016, produit 9,2 millions de véhicules (VP+VUL) alors que son marché intérieur était en deçà des 5 millions, on conçoit que l’enjeu soit central et qu’il faille faire alors cause commune.
 
Au-delà de cet enjeu américain, les deux partenaires entendent faire face ensemble également aux défis technologiques majeurs qui se précisent et appellent des investissements très lourds alors que le renchérissement du Yen obère leur profitabilité (7). 
Ainsi, alors que Toyota épaulait déjà Mazda en lui fournissant des solutions hybrides, le partenariat a été annoncé comme devant permettre le développement conjoint d’une offre électrique qui fait défaut à l’un comme à l’autre. Il comporte également un volet "véhicule connecté" qui a déjà donné lieu le 25 août au lancement officiel d’une plateforme commune de contrôle des solutions intelligentes de mobilité (navigation, musique, vidéo …) destinée à équiper à l’avenir l’ensemble des véhicules des deux marques. C’est en l’espèce Toyota qui développera le cerveau du système sur la base d’une solution open-source Linux et Mazda l’adoptera pour l’ensemble de sa gamme (8).
 
Après avoir intégré beaucoup plus fortement Daihatsu et laisser entendre que Suzuki pourrait également voir ses liens avec la galaxie Toyota se renforcer (9), Toyota va aujourd’hui chercher des volumes, des ressources et une capacité d’influence accrue au Japon et au-delà sur une base très "domestique". 
Sachant que, selon l’OICA, Toyota a produit en 2015 au Japon plus de 4 millions de véhicules, que Mazda y a assemblé presque 1 million d’automobiles et Suzuki presqu’autant alors que Nissan et Mitsubishi additionnés représentaient moins de 1,5 million de véhicules et Honda 730 000, on perçoit très clairement que, dans l’actuel mouvement de consolidation de l’automobile japonaise, le déséquilibre des puissances se voit largement confirmé. 
 
(1) https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/010165377897-toyota-envisage-un-rapprochement-technologique-avec-mazda-2106225.php#vOgerO9ZxowMXA8y.99
(2) https://insidemazda.mazdausa.com/press-release/mazda-reports-december-2016-full-year-2016-sales/
(3) http://www.thetruthaboutcars.com/2017/05/mazda-wants-2-percent-u-s-market-share-not-just-ol-2-percent-market-share/
(4) https://automotivemanufacturingsolutions.com/focus/growing-in-guanajuato
(5) http://www.nonpareilonline.com/business/iowa-nebraska-in-the-running-for-billion-toyota-mazda-assembly/article_a5460c48-8a92-11e7-81fe-0b3583603f38.html
(6) http://www.autoactu.com/?page=2&id_actu=25803&from_id_part=
(7) https://www.lesechos.fr/10/05/2017/lesechos.fr/0212061544941_toyota-vend-plus-de-voitures----mais-ses-profits-reculent-de-30--.htm
(8) https://www.thestreet.com/story/14284468/1/toyota-mazda-to-jointly-develop-smart-car-software.html
(9) https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/comment-toyota-noue-des-liens-avec-mazda-suzuki-subaru_491601
 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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