Nissan déprimé et déprimant

Il en faudra
Nissan a présenté le 8 novembre ses résultats pour la première moitié de l’exercice en cours (de avril à septembre). Ils font apparaître un assez net recul puisque, pour ce premier semestre, son bénéfice net a reculé de 2,1%, de 282,4  à 276,5 milliards de yens (2 milliards d'euros au cours actuel), pour un bénéfice opérationnel de 281,8 milliards de yens (contre 339,7 en 2016), en baisse de 17% et ce malgré des ventes en hausse de 6,2% à 5.652,5 milliards de yens (42,83 milliards d'euros au cours actuel).
 
Sur le dernier trimestre, le dit bénéfice opérationnel passe de 163,9 milliards de yen à 128,5 (- 21,5%) et l’analyse proposée mercredi fait apparaître que l’essentiel de cette dégradation est imputable à l’affaire des « coûts d’inspection », aux provisions qu’il a fallu passer pour faire face aux « class actions » que le scandale a déclenché et aux plus d'un million de véhicules neufs fabriqués et commercialisés dans le pays depuis 2014 qu’il a fallu rappeler en septembre. 
Dès lors que les fabrications n’ont été arrêtées pour régler enfin le problème que en octobre, il faut s’attendre à ce que le prochain trimestre ne soit guère plus brillant.  Malgré cela, Nissan maintient ses prévisions annuelles de bénéfice net, à 535 milliards de yens (-19,4% sur un an), et de chiffre d'affaires, à 11.800 milliards de yens (+0,7% sur un an). 
Ses responsables revoient par contre leurs prévisions de gain d'exploitation à la baisse (de 13%) de 685 à 645 milliards de yens (4,88 milliards d'euros).
 
Il n’y a là rien de dramatique en apparence : la profitabilité reste très enviable et la croissance convaincante en volume comme en valeur. Ainsi , en volume, les ventes mondiales ont progressé de 4,6% avec 2,73 millions de véhicules vendus au premier semestre grâce à une forte progression au Japon (+34,1%) et dans une moindre mesure en Chine (+6,7%) ainsi qu'en Europe (+3,6%), tandis qu'elles ont légèrement reculé aux États-Unis (-0,4%). Quant au chiffre d’affaires, il a progressé de 8,1%.
 
Malgré cela, au vu de ce qui s’est passé lors du plan précédent, de ce qui se passe cette année et du plan annoncé mercredi en même temps que les résultats de ce semestre, un certain nombre de voix s’élèvent pour s’inquiéter de l’avenir de Nissan.
 
Ainsi, l’agence Nikkei (1) souligne que "Power 88", le plan précédent, annoncé par Carlos Ghosn en juin 2011 (2), qui prévoyait une part de marché de 8% et une marge opérationnelle de 8% n’a pas été réalisé. Elle souligne surtout que la priorité donnée alors au développement de l’activité dans les émergents pour réduire la dépendance de Nissan au marché Nord-Américain et aux profits qui y sont dégagés n’a guère été suivie d’effets. De fait, sur le premier semestre de son exercice, les ventes de Nissan en Chine ont continué de progresser (de 6,7% en volume) et ont atteint 651 000 véhicules et ceci ne représente pas les 10% de parts de marché rêvées en 2011 mais 5,2% (3). 
Quant aux autres émergents, ils ne pèsent que pour 202 000 unités (6 000 de plus que l’année précédente) et la progression enregistrée y est deux fois moindre que celle des marchés concernés    (4): les opérations indiennes ou latino-américaines peinent à dégager les résultats attendus. 
C’est toujours en Amérique du Nord que l’essentiel des volumes sont vendus : sur les mois de juillet à septembre, Nissan a vendu 1,4 million de véhicules dont 0,5 en Amérique du Nord (377 000 aux Etats-Unis). Le plan Power 88 n’a guère desserré cette dépendance.
 
Pour l’agence Nikkei, l’exercice en cours indique que cette dépendance a un coût élevé car la volonté de ne pas perdre trop de volumes sur un marché qui se porte moins bien conduit Nissan à laisser exploser ses frais commerciaux : Nissan dépenserait ainsi en aides aux Etats-Unis 4000 $ par véhicule, soit 200 à 300 $ de plus que la concurrence, 1500 de plus que Toyota et 2200 de plus que Honda. 
De fait, dans les chiffres communiqués mercredi, Nissan décortique les raisons pour lesquelles ses bénéfices opérationnels plongent au dernier trimestre et chiffre les effets de la dégradation de son mix aux Etats-Unis à 38 milliards de yens, ceux des fameux "incentives" à 35 et l’on parvient ainsi, malgré des effets de changes favorables qui ont boosté les profits de 27 milliards à voir à la fois le bénéfice entamé de 45 milliards de yen et la part de marché baisser. 
Dans ce contexte, pour rester en ligne avec ses prévisions de profits, Nissan ne peut que limiter ses investissements et l’entreprise s’enferme ainsi dans un cercle vicieux, celui d’une inaptitude grandissante à se saisir d’autres opportunités que celles qui se présentent sur ses marchés clés.
 
Par rapport à ces craintes, le plan présenté mercredi ne rassure guère tant il est laconique et conservateur (5). Ainsi dans la présentation de 37 slides mise à la disposition des analystes sur le site de Nissan, le plan MOVE. (pour Mobility, Operational Excellence, Value to Customers, Electrification) tient en 3 planches. 
Il fixe un objectif de croissance du chiffre d’affaires de presque 30% en 6 ans, réitère l’objectif de marge opérationnelle de 8% et vise un free cash flow cumulé de 2 500 milliards de yens qui s’adosse à une "amélioration continue de l’efficience opérationnelle" déclinée en trois volets : croissance constante et profitabilité accrue, récolte des fruits des investissements faits dans les émergents et sur les marques Infiniti et Datsun et exploitation de tout le potentiel des marchés et segments (Europe, Moyen Orient, Asean, SUV, Pick-ups). 
Cela ressemble un peu à une copie bâclée bricolée à la va-vite par des étudiants fatigués et bien peu inspirés et imaginatifs. Le dernier slide pompeusement intitulé "conduire la mutation" sous la bannière de la Nissan Intelligent Mobility fait référence au véhicule électrique, au véhicule autonome et à la capacité de l’entreprise à être pionnière dans le développement de services de mobilité robotisés. 
Il donne tellement peu de détails ou d’éléments qu’il ne peut démentir l’impression qui se dégage des précédents : l’entreprise n’entend rien faire d’autre que son business habituel. Comparé au plan de Renault que nous jugions déjà conservateur, celui de Nissan ressemble à celui d’un constructeur dépressif.
 
 
(1) https://asia.nikkei.com/Business/Companies/Nissan-hit-by-overreliance-on-US
(2) http://www.leblogauto.com/2011/06/nouveau-et-ambitieux-le-plan-power-88-de-nissan.html
(3) https://www.finchannel.com/oil-auto/69382-nissan-reports-first-half-results-for-fiscal-year-2017
(4) http://www.nissan-global.com/EN/DOCUMENT/PDF/FINANCIAL/PRESEN/2017/20172nd_presentation_362_e.pdf
(5) https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/sur-fond-de-crise-nissan-prevoit-une-hausse-des-ventes-de-30-en-2022_512065
 

 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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