PSA-Mitsubishi : décevoir les analystes pour rester un industriel ?

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La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien directeur du Gerpisa.

Il n’y a que quelques jours que les dirigeants de PSA et Mitsubishi ont été amenés à réagir à un article paru dans la presse japonaise en officialisant les discussions qu’ils ont pour "approfondir leur partenariat stratégique".  Depuis, tous les analystes des grandes banques se sont exprimés et la tonalité générale de leurs commentaires est assez bien résumée par le titre de la Lettre de l’AGEFI : "Une alliance PSA-Mitsubishi ne répond pas à tous les défis du français". Plus que du scepticisme, c’est le regret face à la relative modestie de l’opération qu’il exprime : PSA avance prudemment avec un constructeur d’assez petite taille et ne fusionne ni avec Fiat ni avec BMW comme certains l’auraient rêvé. Les mêmes analystes considèrent volontiers que le "benchmark" dans l’industrie impose une échelle de 6 millions de véhicules par an ou de un million de voitures par plateforme que l’ensemble PSA-Mitsubishi n’atteindra pas et, sans condamner l’opération, ils insistent sur les difficultés qu’elle représente. Les marchés qui les écoutent semblent avoir le même jugement et les titres Mitsubishi et PSA souffrent plutôt de l’annonce.
Sans mettre en cause la connaissance de l’industrie de ces analystes, il convient de souligner qu’ils appartiennent à un univers financier dont le référentiel est assez particulier et dont les "préférences" et horizons ne le sont pas moins. Sans tomber dans la facilité qui consisterait à rappeler qu’ils reçoivent leurs émoluments de grandes banques dont la clairvoyance a eu quelques raisons d’être mise en doute ces derniers mois, on se contentera ici de souligner que les mêmes analystes avaient en leur temps majoritairement adoré l’opération Daimler-Chrysler ou l’alliance GM-Fiat et prétendaient à l’époque, avec un certain nombre de dirigeants de l’industrie, que de tels ensembles allaient "créer de la valeur" en permettant en outre d’atteindre la barre des 4 millions de véhicules.
Si tel est le cas, c’est parce qu’ils tentent de juger d’abord l’impact qu’aura l’opération sur le cours des titres concernés : à travers leur jugement sur les fondamentaux industriels, technologiques et commerciaux, leur idée de "ce qu’il faut en penser" espère refléter ce qu’en penseront les marchés. Dès lors que le jugement des marchés est en partie fabriqué par eux, le conformisme est une espèce d’obligation professionnelle. Derrière le cours des titres, il y a, convenons en, un jugement sur la faculté du nouvel ensemble à dégager de la profitabilité mais toute la question est alors de savoir à quelle échéance on se situe.  Ainsi, jugeant des économies potentielles réalisables par les alliés sur les achats, le bureau du Crédit Suisse souligne fort justement que "la plage d’achats groupés serait réduite du fait des mix produits respectifs" et ajoute, en forme de regrets, "il faudra du temps, au moins trois à cinq ans, pour en bénéficier".
Se serait-on encombré de ces - fort judicieuses  -réserves s'il s’était agi d’une méga-fusion ou alliance ? La qualité des synergies de papier n’auraient-elles pas été alors suffisante pour emporter sinon l’enthousiasme du moins l’adhésion ? Ce sont là des questions que l’on est aujourd’hui en droit de se poser en s’interrogeant sur ce qu’il s’agit de juger. Pour PSA, comme industriel, la question est de savoir si les équipes pourront travailler avec leurs homologues chez Mitsubishi et si une forme d’intégration opérationnelle pourra relayer les échanges et rachats de titres et de dettes.  Les deux groupes ont certes déjà un présent commun mais il s’est jusqu’ici agi d’emprunt ou de partage plus que d’un réel travail conjoint. Plus concrètement, comme y insiste à raison Le Monde ce week-end, la question est de savoir qui PSA pourra mettre à la tête de Mitsubishi pour que ce qui est virtuel et suffit au jugement de court terme des analystes prenne corps dans la nécessaire durée des opérations industrielles.
De ce point de vue, mise à part l’opération Renault-Nissan nouée il y a plus de dix ans aujourd’hui et qui apparaît toujours comme étant en cours, on a eu par le passé, dans les opérations d’alliance avec des constructeurs japonais, plus de "failure stories" que de "success stories". Qu’il s’agisse de Ford-Mazda ou de Daimler-Chrysler avec Mitsubishi déjà, pour des raisons assez évidentes de langues et de cultures professionnelles que l’on a curieusement peu entendu évoquées ces jours ci, le travail ensemble s’est révélé fort limité et les promesses de synergies sont restées des promesses.
Parce que la famille Peugeot impose à Varin une "doctrine" du contrôle du capital contraignante que les analystes jugent d’un autre âge et parce que le groupe PSA a, dans ses gênes depuis plus de trente ans, une vive conscience des difficultés inhérentes à ce type d’opérations, le management ne sera pas mu par la religion des 6 millions de véhicules que les prêtres des grandes banques veulent imposer. L’opération avec Mitsubishi s’inscrit dans ce contexte et il faut peut-être aujourd’hui se féliciter qu’elle déçoive.

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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