Toyota concrétise les promesses du véhicule connecté avec Avis

Le domaine du véhicule connecté est un de ceux qui est marqué par les multiples annonces, les fantasmes et conjectures et les promesses d’un mode futur où rien ne serait plus comme avant les datas, leur collecte et leur traitement devenant nous dit on le cœur des business. Pourtant, comme on le perçoit bien avec le dossier déjà évoqué de l’après-vente connectée (1), il ne suffit pas que le potentiel technologique existe pour que les business concrets le révèle. Il faut encore pour que ce soit le cas qu’une promesse de valeur puisse être faite aux clients et que le service intégrant les données collectées soit ensuite suffisamment performant pour que la promesse soit tenue.
 
C’est dans cette perspective que l’accord que Toyota a annoncé avec Avis est intéressant et important. Au terme dudit accord, Toyota va livrer entre 2018 et 2021, 10 000 véhicules connectés pour contribuer à ce que soit atteint l’objectif de Avis qui entend gérer d’ici à 2020 une flotte entièrement connectée : "La plateforme de services de mobilité de Toyota apportera au Groupe Avis Budget une connectivité et une visibilité accrue de sa flotte. Elle proposera aux voyageurs un meilleur contrôle et une expérience simplifiée de leur location" a déclaré Zack Hicks, le CEO de Toyota Connected North America.
En effet, jusqu’alors Toyota pouvait apparaître comme étant, comme tous les constructeurs en cette matière, dans les annonces et la recherche double de solutions techniquement convaincantes d’une part et de services à proposer aux clients qui recueille de leur part une adhésion suffisamment forte pour qu’ils acceptent
i) de transmettre "leurs" données ;
ii) de payer pour le service associé.
 
Ainsi, la nouvelle entité de Toyota appelée Toyota Connected a été créée en mars 2016 et a fait l’objet d’une communication relativement importante (2). Elle fût alors présentée en ces termes un peu convenus :
"La création de Toyota Connected repose sur la ‘Vision Globale de Toyota’ d'un avenir où la mobilité sera propre, sûre et pratique. Via la technologie Cloud Azure de Microsoft, la société exploitera la puissance de la science des données pour concevoir des services prédictifs, contextuels et intuitifs qui contribueront à humaniser l’expérience de conduite en reléguant la technologie à l’arrière-plan."
 
Les services "prédictifs, contextuels et intuitifs" n’étaient pas précisément définis. On comprenait seulement que Toyota y travaillait en s’adossant aux compétences de Microsoft avec lequel un accord a été signé il y a un an (3). Toyota confirmait ainsi son refus de se laisser déposséder de la gestion des datas par Apple ou Google (4) et entendait développer avec Microsoft son propre cloud.
 
L’intérêt de nouer un partenariat avec un loueur comme Avis-Budget est de pouvoir concrétiser ces promesses avec un acteur dont l’intérêt pour la connectivité des véhicules n’est pas théorique ou virtuel mais pleinement avéré. De fait, avant même de conclure cet accord, Avis – comme beaucoup d’acteurs de la location courte durée – a saisi que pour ses clients comme pour son compte d’exploitation, les véhicules connectés et la digitalisation de manière générale constituent des opportunités très concrètes (5). Chacun comprend en effet que la location peut devenir si les véhicules sont connectés et peuvent être ouverts sans clés, un processus beaucoup plus léger et beaucoup moins intensif en main d’œuvre. On peut au passage résoudre aisément le problème de la facturation des frais de carburant en sachant précisément où et quand le plein a été fait : pour le client c’est l’ennuyeuse attente au comptoir qui est ainsi évitée au départ du contrat comme à la fin ; pour le loueur, l’allègement et l’optimisation des process qui peut en résulter est tangible et dessine un univers de location sans agences qu’un acteur comme Ada explore en France (6).
 
Sur la base de ce "cas d’usage" pour lequel le service télématique rendu est clair, l’ensemble des potentialités de greffer sur ce service socle un panel de solutions et/ou de services additionnels peut être exploré de part et d’autre. Pour Avis, la question est de savoir comment, au delà de la simplification du service offert au client qui finira par être proposée par tous, son offre pourra se différencier et générer une préférence pour sa marque. Pour Toyota, outre sa capacité à s’imposer chez Avis ou d’autres loueurs, c’est évidemment l’occasion d’apprendre à élaborer les fameux services connectés qui seront demain proposés à d’autres catégories de clients ou de partenaires qu’ils soient particuliers,  gestionnaires de flotte, opérateurs d’auto-partage, concessionnaires ou pouvoirs publics.
 
Ainsi, de manière assez homologue à ce que Didier Leroy décrivait en matière de stratégie technologique sur les motorisations (7), Toyota semble savoir assez bien en matière de véhicule connecté où l’entreprise veut aller et comment. Quitte à s’adosser aux compétences d’autres acteurs comme Microsoft ici, Toyota entend développer sa propre technologie en investissant lourdement et durablement pour développer des compétences et, sur ces bases, des offres aux clients qui soient pleinement maîtrisées techniquement comme commercialement.
 

 

La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.

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