Soutenance de Thèse - Jean-Christophe SCILIEN - Les plans sociaux successifs : le cas de l'industrie automobile en France (2008-2016) -

Date: 
14 Déc 2018 - 10:00 - 13:00

Campus Université Paris Nanterre
Batiment B - rez de chaussée - Salle des Thèses

Type d'événement: 
Séminaire
Deadline: 
12 Déc 2018 - 10:00

Jean-Christophe SCILIEN
soutiendra le 14 décembre prochain, 10h, à Nanterre (Batiment B - rez de chaussée - Salle des Thèses) 
 
sa thèse de doctorat en sciences de gestion menée sous la direction de Mr Philippe DESSERTINE, Professeur des Universités

intitulée :
Les plans sociaux successifs, contribution à l'analyse des processus et des parties prenantes : le cas de l'industrie automobile en France (2008-2016)
 

Résumé de la Thèse :  
 
Il y a un « avant » plan social, et un « après » plan social dans l'entreprise… ce dernier est craint par certains, espéré au contraire par d’autres. Parmi ces plans, il en est un de particulier, qui se fondrait dans le décor si on n’y prenait garde, mais qui se révèle pertinent comme objet de recherche en gestion : le Plan social Successif (ou P.S.S.). L’unité de lieu le caractérise, car il s’agit de suppressions de postes répétitives réalisées dans la même entreprise, sur une longue durée.  
 
En France, le choc conjoncturel de 2008 - 2009 en Europe s’est avéré plus grave que la précédente crise automobile de 1992 - 1994, car il a cumulé les éléments négatifs liés à plusieurs facteurs distincts (crise financière, retournement du cycle automobile, notamment). Traduction de ces difficultés économiques en 2009 : il apparait 15 % de sureffectif sur toute la filière automobile française. A partir de fin 2008, la France est devenue importateur net de véhicules, traduisant notamment la stratégie industrielle de Renault qui avait accentué l’internationalisation de sa base productive avant celle de PSA. La remontée progressive de la production nationale de fin 2013 à fin 2017 ne se traduira par une stabilisation des effectifs CDI de la filière, bien au contraire (diminution de 28.000 CDI, sur la base du CCFA). L’intérêt d’étudier les plans sociaux successifs au sein du secteur automobile est élevé, car la véritable nature des processus de changement apparaît au fil du temps, et après plusieurs plans sociaux.  
 
Suivant la méthodologie de Van de Ven (1992), nous distinguerons les quatre processus de PSS suivants au sein d'un secteur unique d'analyse (l'automobile en France) : l'annonce du PSS, la négociation sociale, la mise en service du PSS, et enfin la phase de maturité du plan. 
 
Sachant qu’il n’y a de PSS que pour atteindre un but arithmétique de performance, ou de redressement, notre première interrogation se portera sur la valorisation de la dimension sociale d'un PSS automobile lors de son annonce : au sein des annonces de plans sociaux successifs, de constructeurs comme d'équipementiers, le caractère « socialement responsable » est-il anticipé par les marchés ? La méthodologie d'événements sera utilisée sur la base de 80 annonces de plans sociaux automobiles, recensées en France du 1/1/2008 au 30/06/2012. Sous un angle plus qualitatif, plus de vingt ans après la fermeture de Renault Billancourt (arrêt des chaines le 27 mars 1992), l'annonce de fermeture d'Aulnay par PSA (12 juillet 2012) sera également analysée du point de vue du discours du management, de son évolution dans le temps, et de ses influences sur les principales parties prenantes. 
 
Notre seconde interrogation portera sur la sémantique de négociation sociale, spécifique aux PSS en comparaison de celle utilisée dans le premier plan social. Le lieu de collecte de données empiriques est la réunion de Comité d'Entreprise : supposant une différenciation significative entre la négociation d’un plan social initial, et celle d’un PSS, notre hypothèse est que cette différenciation peut être distinguée par une analyse sémantique, propre à la typologie de Jakobson. 
 
Il faudra ensuite distinguer les questions relatives à la mise en place du PSS au sein des équipementiers de rang un. Une fois mise en place le PSS, amendé ou non, le collectif de travail tendra à se scinder en deux populations distinctes, celle qui adhère encore au projet d’entreprise, et celle qui progressivement perd confiance dans celui-ci. Dès lors, lorsqu’un accord de compétitivité survient quelques années après plusieurs restructurations, le risque est de s'apercevoir tardivement d'un refus à toute conduite de changement supplémentaire, du fait d'une démotivation ancrée au sein des survivants. Ce blocage organisationnel peut etre évité si en amont, le slack résiduel et les perceptions antérieures des conventions d'efforts le permettent. 
 
La phase de maturité du PSS mettra en relation les derniers survivants et le management local. Le PSS a rompu, plus ou moins brutalement, la triple obligation structurelle existant entre le salarié et son employeur, et se présentant comme suit « donner – recevoir – rendre ». Le don est en effet le départ d'une relation de réciprocité entre salariés et manager, d'aucuns pourront l'appeler, implication sociale. La dynamique analysée concerne la posture de contre-don symbolique du manager, espérant engager un nouveau cycle avec les salariés : l'analyse de cette phase s’attache à savoir comment le premier prend progressivement conscience des difficultés de l’entreprise à dépasser les dysfonctionnements issues des réorganisations passées, et quelles instrumentalisations il met en œuvre pour remobiliser les salariés. 
 
Au sein du secteur automobile, au fil des processus et des années, les relations entre parties prenantes vont considérablement se confondre et s'influencer réciproquement, lors des PSS exclusivement. 
Sur la base de six études de cas d'équipementier, l'habillage juridique du sous traitant, indépendant a priori de ses clients, implosera en temps de crise, et laissera apparaitre le déséquilibre du pouvoir économique réel au sein de la relation entre donneur d'ordres - sous traitants. Lors de la négociation sociale, le constructeur sera amené -dans certains cas- à financer indirectement les mesures du plan social de son fournisseur, en validant des hausses de prix de vente sur une période définie et le paiement des rondelles d'amortissement liées à la R & D de l'équipementier. Avant les Chartes de bonnes pratiques du secteur (3/7/2008 et 9/2/2009), les abus des constructeurs relatifs aux paiements très tardifs des rondelles avaient transformés les sous-traitants, en banquiers de leurs clients. Les influences réciproques existeront sur d'autres plans, entre les managers et les représentants du personnel par exemple : les premiers valideront une convention d'effort en réduisant le nombre projeté de suppressions de postes, en le limitant par exemple aux suppressions financées par la provision initiale du plan ; les seconds plafonneront parfois, consciemment ou non, les indemnités de préjudice pour ne pas trop handicaper la trajectoire de redressement de l'entreprise, objectif implicite des actionaires et des salariés "survivants" (terme de Fabre, 1997), demeurant dans l'entreprise après le dernier plan social.  
 

Intervenant/s du Gerpisa
Presentation/s

Disponible sous peu - Available shortly

Copyright© Gerpisa
Concéption Tommaso Pardi
Administration Géry Deffontaines

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"